Ubuntu – Shlurfer

frigoShlurfer : v.i. Alors qu’on a passé sa journée à dépiler des mails et passer des coups de fil tandis que c’est la canicule sans clim’ ni ventilo, se souvenir tout à coup qu’il y a un pot de crème glacée au frigo. Sourire, et faire la pause.

Par extension : lors d’une conversation avec un fâcheux, voir une connaissance au loin, et dire « excusez-moi, il faut que j’aille voir Untel ».

On peut shlurfer élégamment, ou shlurfer comme un porc, le principal, c’est de shlurfer.

 

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Ubuntu – (Se faire) Rapetouzer

(Se faire) Rapetouzer : v.t. dans notre ère tout informatisée, constater que l’ordinateur / le site web / le programme que l’on utilise peuvent aussi être les victimes d’irrationalité. S’en réjouir. (Exemple dans l’image ci-dessous)

Par extension : comprendre après coup que l’argument « logique » de l’interlocuteur était en fait une grosse stupidité. Après coup.

 

Capture

Ubuntu – Zombise

Zombise : n.f. Lettre (ou mail) que l’on reçoit et qui contient une faute de frappe (« typo ») qui en altère puissamment le sens. Exemple du jour : un mail d’un de mes étudiants qui commence par « Dead Professor, … »

Par extension : claquer la zombise = croire qu’on reconnaît une personne dans la rue, lui sourire, mais c’est finalement quelqu’un d’autre.

 

Beurreux

Curled ButterEntendu dans le métro : « Tu vois, ce gars, là, le Reubeuh… » (j’écris Reubeuh avec un H à la fin, pour éviter de réfléchir au pluriel : des Reubeux ? Des Reubeus ? Des Reubeuh !)

Donc, aujourd’hui, on appelle Reubeuh ce qu’on appelait autrefois des Beurs. Reubeuh, c’est Beur en Verlan.

Mais les Beurs, on les appelait comme ça, parce que c’était Beu-Ara, donc le Verlan de Arabe (comme keuf = keu-fli, keum = keu-mé, etc.)

Si je résume les transmutations de langage, avec le symbole « => » qui signifie « transmutation par le Verlan », on a donc :

Arabe => Beur => Reubeuh

Or, chaque transmutation par le Verlan conduit à un changement sémantique.

Arabe = maghrébin immmigré, dans la sémantique française des années 70

Beur = maghrébin de deuxième génération (né et élevé en France)

J’ai alors plusieurs questions qui me vrillent la veine cave :

1) Quel est aujourd’hui le sens de Reubeuh qui a justifié qu’on crée ce nouveau mot ? Y a-t-il une définition, quelque part ?

2) Quelle est la prochaine évolution ? Reubeuh va-t-il à son tour passer en Verlan ? Verra-t-on bientôt des Beurreux ? Ça ne va pas nous rajeunir

3) Et si Beurreux s’impose, quelle sera la prochaine étape : Reubeuh à nouveau ? C’est très inquiétant, comment reconnaîtra-t-on alors un Reubeuh 2ème transmutation d’un Reubeuh 4ème transmutation ?

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Ubuntu – Sgrabulence

wtf Sgrabulence : n. f. Mot qu’on n’ose pas jouer au Scrabble, et puis quand même, on y va parce que ça rapporte des points.

Par exemple, ce matin, j’ai fait une sgrabulence en plaçant PROUT (43 points).

Par extension : figure ratée à ski ou à en plongeant à la piscine.

Pensée républicaine #2 – de l’information

J’ai, comme beaucoup de concitoyens, suivi le déroulement de la semaine passée par tous les moyens mis à ma disposition (télés, réseaux sociaux). N’étant pas familier des chaînes d’information en continu, j’ai eu beaucoup de surprises qui m’amènent à quelques réflexions sur notre société de l’information.

Les chaînes d’information en continu et leurs travers

une relation au temps difficile

  • Quand il se passe beaucoup de choses, c’est tant mieux : le présentateur n’a qu’à zapper d’un reporter sur le terrain à un autre, il distribue les temps de parole comme des biscuits, et l’information utile est diffusée rapidement. En revanche, quand il ne se passe rien, ou plutôt, comme c’était le cas ici, quand le journaliste n’en sait pas plus que lorsqu’il a été interrogé 20mn auparavant… on meuble. Le présentateur continue à jongler entre ses reporters sur le terrain, à charge pour eux de paraphraser les faits connus de tous, en brodant, tout en attendant la prochaine nouvelle.

Or, la construction du modèle de ces télévisions, c’est qu’il faut diffuser de l’information en continu. Cela conduit donc mécaniquement à plusieurs choses :

  • toute information nouvelle est bonne à prendre, et plus on est en pénurie d’information, moins on va prendre le temps de recouper. C’est une recherche du scoop, mieux vaut être le premier à publier une information, fut-elle fausse, que le deuxième à diffuser une information avérée. Et dans les cas d’information fausse, je n’ai pas noté que les journalistes s’excusaient de leurs erreurs… (Pour une liste des reproches, deux articles de Telerama.fr et L’Obs/Rue89 font le point).
  • Les prises de risque vont aussi augmenter, car si les scoops n’arrivent pas, autant les provoquer. Je suis sidéré de voir que certains journalistes ont été en contact téléphonique avec les meurtriers, puis ont diffusé leurs informations. Dans le cas de l’Hyper cacher, c’est le terroriste lui-même qui a contacté BFM TV, car il n’était pas satisfait de l’information diffusée, il leur a demandé de corriger leur bandeau d’information. Je ne sais pas si BFM TV l’a fait, ce qui serait très grave. Il me semble que dans ces cas-là, quand on est une chaîne d’information (1) on en réfère aux forces de l’ordre, qui ont besoin de toute conversation enregistrée pour nourrir leur information et leurs réactions et (2) on ne corrige pas ses titres. Sinon, la demande de médiatisation du terroriste risque d’être nourrie par la chaîne, qui va ainsi légitimer – et encourager – le terroriste et ses potentiels successeurs. Et surtout, à mon sens, il devrait y avoir un (0) qui éviterait le (1) et (2) : quand on est journaliste, on ne communique pas avec un terroriste qui a des otages, c’est le rôle de la police, point. Un journaliste d’une rédaction n’est pas formé à parler avec un terroriste : il ne s’agit pas d’une simple conversation téléphonique, il s’agit de la formation d’un lien de communication entre deux personnes, où chaque mot est important, puisque des vies humaines sont suspendues à l’état d’esprit du terroriste. Sans être formé aux techniques de communication avec les terroristes, il est fort possible qu’un journaliste envoie « les mauvais messages » sans même se rendre compte de la terrible responsabilité qu’il a endossée. En ce qui concerne l’imprimerie de Dammartin, je ne sais pas si des journalistes ont essayé d’appeler les terroristes, mais France 2 et RMC ont commis l’erreur grave d’annoncer qu’un salarié était caché dans l’imprimerie. Donc, les terroristes peuvent prendre des notes pour la prochaine fois : lors d’une prise d’otages, regarder la télé, et surveillez Twitter : on pouvait voir les chaînes de télé filmer la mise en place des équipes du GIGN, avec leur position. On dit que pendant la guerre du pacifique, les généraux japonais suivaient la trace des navires américains en lisant la presse US…

les canaux d’information se diversifient, tout le monde devient journaliste, avec un flou du métier et de la notion d’information

  • Les chaînes d’information, les journaux, les journalistes ont tous leur fil Twitter, d’accord, c’est une adaptation à un nouveau média. Mais vous, moi, beaucoup de personnes ont aussi un compte Twitter. Autrefois, si un journal recevait une dépêche AFP, il savait que cela venait… de l’AFP. Aujourd’hui, quand un journaliste reçoit un tweet… il sait, ou ne sait pas, d’où ça vient, qui est à l’autre bout du « fil », et ne peut mesurer à chaque fois le professionnalisme journalistique de l’émetteur. Pour 10 journalistes sérieux qui vont recouper leurs sources – c’est-à-dire temporiser le temps qu’il faut – avant de diffuser, combien y en a-t-il qui vont succomber à la stratégie du preum’s à faire un scoop ?
  • D’autant plus que cette fièvre du scoop gagne tous les citoyens, puisqu’ils ont été habitués à être nourris ainsi. On peut comprendre qu’une personne, voyant les assassins de Charlie Hebdo en pleine rue, ait décidé de filmer depuis son balcon. Mais pourquoi a-t-elle publié cette vidéo sur Internet, sinon par désir de scoop, le désir de preum’s ? (J’espère que son premier geste a d’abord été d’aller donner la vidéo aux forces de l’ordre). Et franchement, que ce soit pour cette vidéo, ou pour le décompte des morts à Vincennes, alors que personne n’en savait encore rien : est-ce vraiment de l’information indispensable, qui nécessite une diffusion immédiate ? Sous le couvert de la mission d’informer le public, on oublie que ces chaînes ont un business model, qui est d’avoir le maximum d’audience pour vendre des coupures publicitaires.

En fait, l’information, c’est comme la dépendance au sucre. Même si la notion d’addiction au sucre est encore controversée, il y a un phénomène diététique attesté : dans l’alimentation, les sucres lents fournissent une énergie « sur la durée » tandis que les sucres rapides sont brûlés très rapidement… ce qui amène à en consommer tout le temps si on a opté pour une alimentation essentiellement en sucres rapides (sodas, bonbons, desserts…). Les informations, c’est un peu ça : soit ce sont des informations « sucre lents », c’est-à-dire :

  • livrées sur un rythme moins fréquent
  • avec une « digestion » (analyse, recoupements, mise en perspective, confrontation de points de vue, explication…)
  • et dans ce cas, cela va favoriser la production d’une réflexion plus profonde, et plus permanente dans les esprits.

Soit ce sont des informations « sucres rapides », et on aura alors :

  • une avalanche de nouvelles brèves pour remplacer les précédentes
  • pas de digestion, mais des faits bruts assortis d’une tentative d’interprétation rapide, ou encore des analyses simplistes menées par de faux experts (ah, les quartiers de Paris vus par Fox News « comme en Irak ou en Afghanistan »).
  • Et surtout, la succession des nouvelles rapides fera que rien ne durera… et qu’on aura un effet de manque permanent (hyper connectivité).

Quelle aura été la durée de vie du Hashtag #JeSuisCharlie ? Sucre rapide ou sucre lent ?

Néanmoins, dans ce déferlement d’informations en continu, plus ou moins vérifiées, je vois deux signes positifs. Premièrement, c’est la marque d’une démocratie, avec les deux revers de la médaille (overdose et scoops non vérifiés, mais aussi une diffusion extrêmement rapide, alimentée et relayée par les internautes). Deuxièmement, la conscience de plus en plus aiguë pour tous que l’information transmise peut être sujette à discussion, à distorsion, voire être totalement fausse. J’y vois le développement d’un esprit critique, et mon côté optimiste se dit que pour une dépêche fausse, on aura 1 000 réactions qui rétabliront progressivement la vérité, par des discussions et des échanges. Donnez-nous une information parfois critiquable, que nous puissions nous exercer à la critiquer.

Et c’est aussi cela, une démocratie qui fonctionne.

Pensée républicaine #1 : les caricatures de Mahomet

Il me semble qu’il y a une incompréhension importante dans les discussions actuelles, entre musulmans et non musulmans, au sujet des caricatures de Mahomet. Je me permets d’apporter ce que j’ai cru comprendre, car cela permettrait peut-être de faire évoluer les discussions et le respect mutuel.

Argument n°1 : « dans la bible aussi, il était dit de ne pas représenter Dieu, mais nous avons évolué depuis »

On sait quel était l’argument initial des textes sacrés : empêcher l’idolâtrie, qui avait lieu si l’on faisait des représentations, car alors les humains se prosternaient devant l’idole / la représentation. Or Dieu était ineffable, donc non représentable. Pour ce qui est de l’évolution, chaque religion a suivi son propre chemin, et certains courants majeurs de l’islam ont autorisé des représentations du prophète à partir du XIIIème siècle. Pour autant, le retour en arrière (non représentation du prophète aujourd’hui) ne doit pas forcément être analysé comme une régression. Critique-t-on les protestants, qui ont souhaité retourner aux sources du texte biblique, pour en retirer les sur-couches ajoutées par l’église catholique de l’époque ? On est ici dans une querelle sans fin : doit-on contextualiser une religion en fonction de son temps, ou rester fidèle au texte nu, au texte originel ? Et si une certaine contextualisation ( = adaptation à l’époque) est souhaitable, jusqu’où peut-on changer ou ignorer le texte sacré ? La réponse n’est pas simple…

Argument n°2 : « chez nous, on tolère bien les caricatures du Pape »

Cet argument est plus subtil, parce qu’il place les non musulmans (dans la phrase de mon exemple, les catholiques) comme étant supérieurs, « plus tolérants », et qu’il y a donc une critique sous-jacente comme quoi l’islam serait plus rigide. Je crois que c’est là que se trouve l’incompréhension la plus manifeste, car elle frustre les uns et les autres. D’un côté, les « bons français » qui demandent le respect des notions de laïcité et d’intégration sociale. De l’autre, la majorité des musulmans qui se sentent insultés par des caricatures qui touchent à leur sacré.

L’incompréhension, à mon avis, vient d’une différence culturelle, et de nombreux raccourcis. Prenons l’exemple du fait de se moucher. En France, vous pouvez faire ça en public, et si vous évitez les coups de trompette tonitruants, cela ne choquera personne. Au Japon, se moucher en public est considéré comme étant extrêmement impoli. Imaginez alors le bon Français qui expliquerait que « chez nous, on le tolère, donc on est plus évolués » : c’est juste une différence de sensibilités que l’on doit accepter, et respecter. Revenons aux caricatures. Celles-ci choquent les musulmans, elles les atteignent dans leur conception du sacré : cherchons alors de notre côté ce qui nous, nous atteindrait dans notre conception du sacré – puisque les caricatures ne nous gênent pas autant. Pour un(e) catholique, je suppose que la mise en scène d’une scène choquante dans une église serait considéré comme insultant et comme une provocation. Ou la profanation d’hosties (aidez-moi, les cathos). Dans les deux cas, on obtiendrait les mêmes discours « nous ne voulons pas ça, nous nous sentons insultés, nous prenons cela comme un manque de respect de nos croyances ». Dans les deux cas, ces discours n’iraient jamais jusqu’à « et nous vous punirons par les armes », car les deux religions prônent le respect de la vie humaine. Les discours se limiteraient à « s’il vous plaît, si vous nous respectez, ne le faites plus, vous nous attristez en faisant cela ».

Ainsi, comparer « caricature contre caricature » n’est probablement pas la bonne manière de raisonner. Il s’agit de se demander quelles sont les choses qui nous choqueraient vraiment, nous, si on nous les faisait. Ces choses qui seraient répétées, qui arriveraient non pas une fois, mais plusieurs fois, et, nous semblerait-il, qui arriveraient de manière de plus en plus délibérée. Et dans une société désacralisée, ce pourrait être des choses qui ne sont pas forcément liées à la religion, mais à des valeurs profondes.

Je ne veux pas être donneur de leçon. J’aimerais juste que chacun(e) essaie d’élargir sa compréhension du monde pour se mettre à la place de l’autre, ce voisin, ce frère humain.

Et je suis à l’écoute de vos commentaire… pour mieux comprendre.

Les 37 romans qui m’ont marqué

J’ai été nominé le 20 septembre (!) par mon ami Laurent pour lister « les 10 livres qui m’ont le plus marqué ». J’en ai listé 37, en me restreignant aux romans (donc, pas de BDs, ni de livres de développement personnel / coaching). La contrainte la plus difficile, dans ces cas, est de ne citer qu’un roman par auteur. Cette liste, comme les autres que j’ai pu bâtir sur ce blog, est documentaire, anecdotique, elle sert de point d’étape… ou de résumé. Certains livres ou auteurs ont été déjà eu les honneurs de ce blog.

Paul Auster, La musique du hasard

Richard Bach, Le messie récalcitrant

Bashô, À Kyoto rêvant de Kyoto

Tonino Benacquista, Saga

Jorge Luis Borges, Fictions

Richard Brautigan, Tokyo Montana express

Philippe Djian, Bleu comme l’enfer

Lawrence Durrell, Le quatuor d’Alexandrie

Jean Giono, Un roi sans divertissement

Frank Herbert, Dune

Jerome K. Jerome, Trois hommes dans un bâteau

Richard Jorif, Le navire Argo

Rudyard Kipling, Kim

Erri De Luca, Trois chevaux

Jack Kerouac, Les clochards célestes

Jack London, Le vagabond des étoiles

Norman McLean, A river runs through it

Haruki Murakami, 1Q84

Herman Melville, Moby Dick

Paul Morand, Hécate et ses chiens

Marcel Pagnol, La gloire de mon père

Robert Pirsig, Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes

Raymond Queneau, Les fleurs bleues

Jules Romains, Les hommes de bonne volonté

Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac

Robert Silverberg, Le livre des cranes

Georges Simenon, La tête d’un homme

Dennis Lehane, Ténèbres prenez-moi la main

William Shakespeare, Hamlet

John Steinbeck, The winter of my discontent (En une saison froide et amère)

Paul Loup Sulitzer, Le roi vert

Sun Tzu, L’art de la guerre

Sénèque, De la brièveté de la vie

Alfred E. Van Vogt, Le monde des non-A

Boris Vian, J’irai cracher sur vos tombes

Vladimir Volkoff, L’interrogatoire

Stefan Zweig, Le joueur d’échecs