Selon Google, je serais proxénète impuissant

MacJe fais une recherche Google sur mon Mac. La première annonce proposée est affichée ci-dessus. C’est désobligeant. Quand bien même ce serait vrai, je n’aime pas être catalogué ainsi. Je pense, peut-être à tort, que je vaux plus que la somme de mes parties. Mais laissons de côté cette insulte ad penis et analysons l’algorithme : qu’est-ce qui a pu pousser Marvin Z. Google à me proposer cette pub suite à ma demande (je cite) « MacBook ancien problème de mémoire MacOS10.6″ ?

Je veux bien que « problème de mémoire » ait déclenché une publicité médicale, mais je ne vois pas le lien entre cette zone (geste évocateur) et ma mémoire, qui se situe, a priori, plutôt là (geste de l’autre main). Ou alors, c’est le terme Mac ? Mais un mac, un souteneur, un proxénète quoi, qui aurait ces problèmes, serait-il encore qualifié pour le poste ? Je n’en sais rien, et j’ai l’intuition que Marvin Z. Google n’en sait pas plus, et qu’il a fait des interprétations douteuses.

J’hésite à poursuivre ma recherche. Si j’en change les termes (« problème de RAM »), ne vais-je pas tomber sur une publicité d’avirons d’occasion, voire, pour revenir aux obsessions de Marvin Z. Google, de bêliers reproducteurs ? Le doute m’habite…

Ma quête, en tant que prof

Tamura-NobuyoshiToute ma vie de prof, j’aurai essayé de faire simple, sans faire simpliste.

Je crois que toute la difficulté est là. Ce n’est pas difficile de faire compliqué, ça peut même être une stratégie de maintien de territoire. Ce n’est pas non plus trop difficile de simplifier à outrance, ce qui dispense les étudiants de réfléchir ou critiquer.

Mais maintenir la tension entre Faire simple et dire juste, voilà tout l’art, voire toute l’essence de l’enseignement selon moi.

La stratégie du dressing : prélude aux cadeaux de fin d’année

jukebox_45tIl y a de cela quelques jours, j’ai atteint la limite de mon iPod classic : ma discothèque venait encore d’enfler de quelques albums, et le bon iPod qui me sert de chaîne hifi depuis des années, malgré sa très correcte capacité (80 gigas, soit 40 jours et nuits d’écoute non-stop), ne pouvait plus contenir toute ma musique.

Cela m’inspire quelques addendums à la stratégie du dressing, tant il est vrai que ce qui s’applique aux vêtements dans un dressing peut s’appliquer avec un même bonheur : aux mails ; aux fichiers informatiques – notamment aux photos et vidéos numériques ; mais aussi aux morceaux de musique (le propos de ce thibillet, mais les analogies avec les autres dressings ne sont jamais loin).

Commençons par la réflexion qui n’en est pas une, tellement elle me semble évidente :

0. La stratégie de « je vais acheter un iPod de 160 gigas » est vouée à l’échec. Agrandir son dressing ne fait que déplacer le propos dans l’avenir (il y aura toujours un moment où l’iPod sera rempli à nouveau), et cela ignore le fondement de la quête, qui est que 80 gigas de musique, c’est plus que suffisant. À la rigueur, une belle quête serait de remplacer l’iPod 80 par un iPod 40 gigas. Comme le dit un des protagonistes de 3 hommes dans un bâteau, à propos des listes de fournitures à emporter, « l’idée n’est pas de prendre tout ce que nous pouvons faire avec, mais plutôt, tout ce que nous ne pouvons pas faire sans ». Réduire de moitié la taille de l’espace serait un très bon exercice de « avec quelle musique je ne peux vraiment pas faire sans ». Plutôt que de la jouer liste noire (exclure le superflu), ce serait liste blanche (qu’est-ce que je décide d’avoir absolument).

Passons aux addendums (addenda ?) à ma réflexion sur la stratégie du dressing.

1. Le dressing est sournois. Il se remplit peu à peu. À chaque fois, pour la musique, je me dis « ah tiens, je vais acheter tel album, numériser tel autre et je l’écouterai plus tard ». C’est le grand règne du « au cas où ». Et ces quelques méga octets n’ont pas l’air de coûter cher, face à l’étendue disponible (80 gigas!)

2. Mais voilà, vient le moment où l’on déborde. Et là, je me rends compte qu’on ne peut pas traiter le flux de sortie de la même manière que le flux d’entrée. Je m’explique. Dans la discothèque (ou le dressing), les albums rentrent progressivement, un à un. C’est ce qui explique leur côté sournois : incrémentalement parlant, cela ne coûte pas beaucoup de faire rentrer un nouvel album. Et c’est là où la règle du « un qui rentre, un qui sort » devient illusoire. D’abord, parce que quand je suis dans l’état d’esprit « je vais découvrir des nouvelles choses », ce n’est pas du tout la même chose que l’état d’esprit « je vais virer des obscures musiques dont je ne veux plus ». Ensuite, parce que cette stratégie du « un pour un » connaît vite ses limites : en faisant sortir un seul album, je me retrouve à 79,98 gigas, il faudra donc recommencer demain. La bonne règle devient : « à flux d’entrée incrémental, flux de sortie par lots ». En d’autres termes, de temps en temps, faire un grand ménage de printemps. Ce qui veut dire, ne plus choisir les albums un à un (hand picking), car c’est une méthode incrémentale, donc longue et peu satisfaisante au final (« tiens, j’ai économisé 0,045 gigas »), mais procéder par lots d’albums : par nom d’artiste (tout Benabar, hop, poubelle), mais aussi par genre de musique (je pense que Celtique va souffrir, chez moi, de même), ou encore, plus marrant, par taille qu’ils prennent.
Nota : toutes ces idées s’appliquent à tous les dressings, il suffit de changer « nom d’artiste » par « marque de vêtement » ou « émetteur de l’e-mail », etc.

3. De même qu’on teste un dressing de vêtements en portant régulièrement les vêtements, en faisant tourner les tenues (et donc, en notant ceux qu’on ne porte jamais), écouter régulièrement les « au cas où » et sabrer sans pitié dans tous les albums, selon la règle du « puis-je faire sans ». Et comme « avec ou sans » est un peu binaire, il s’agit de mettre juste une petite gradation : (a) je ne peux pas faire sans ; (b) sans être vraiment indispensable, cela enjolive mon quotidien, ce serait dommage de m’en débarrasser ; (c) pour tester, pourquoi pas, il faut que je l’écoute pour décider s’il passe en (b) ou en (d) ; et enfin, (d) je ne sais pas pourquoi je garde ça.
(Notez, encore une fois, la subtile analogie avec des vêtements. (a) les basiques, (b) les pimenteurs, (c) les indécis et (d) les vêtements à donner.)

Plus les années passent, plus ma bibliothèque suit ce chemin. Et je constate avec plaisir que les (a) ont diminué pour ne plus représenter aujourd’hui qu’un noyau dur, affranchi de plus en plus des modes et des fausses idées que je m’imposais (« j’a-do-re Kérouac ! »)
On revient toujours à la même chose : la stratégie du dressing, c’est une quête d’authenticité personnelle…

Spleen

pietr-claez-1630J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans.

Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C’est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
- Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s’acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,
Seuls, respirent l’odeur d’un flacon débouché.

Rien n’égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L’ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l’immortalité.
- Désormais tu n’es plus, ô matière vivante !
Qu’un granit entouré d’une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d’un Saharah brumeux ;
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l’humeur farouche
Ne chante qu’aux rayons du soleil qui se couche.

Charles Baudelaire, source.