Mon semi marathon de Paris 2016

Voici donc le compte-rendu de mon semi-marathon de Paris 2016, notamment pour celles et ceux qui m’ont encouragé par un don à la Fondation ESCP Europe (cf. liste en bas).

Quelques mots sur la préparation :

  • Mon mois de janvier a été marqué par un lumbago + une grosse crève = au moins 15 jours d’arrêt de la course à pied. Si l’on compte la fin d’année festive, ça faisait plus d’un mois sans courir, et j’ai redémarré de zéro (ou quasiment) vers la mi-janvier, d’abord par des petites distances (car vigilance au retour de lumbago), puis par 1 à 2 sorties par semaine.
  • La semaine au ski a été sans course à pied et avec énormément d’excès de bouffe (charcuterie, fromage, pâtes…)

Je partais donc pour ce semi avec une attitude mitigée : je ne visais pas un temps, mais j’étais inscrit dans les dossards « 1h50 », ce qui était un objectif raisonnablement ambitieux pour un vieux de presque 48 ans avec un entraînement passable.

Le matin même

Réveil 6h30, thé vert et pain complet, tenue de sport enfilée, je suis à 7h30 dans la rue. Il fait 1°C.

J’arrive à Vincennes vers 8h30 et je rejoins Fabien de la Fondation ESCP Europe qui fait le pied de grue avec les T Shirts rose fuschia (cf. preuve #1) et surtout un Thermos de café. Je le bénis abondamment en buvant mon café chaud. Il doit faire 2°C maximum, et je grelotte malgré2016-03-06 Semi T Shirt mes 3 couches de vêtements (T shirt technique du marathon de new york + polaire + T shirt rose fuchsia de la Fondation). On papote un peu et je rejoins mon sas à 9h10.

S’ensuivent alors 30 minutes d’attente dans le froid et le vent, je trompe l’ennui en envoyant quelques textos à des copains, et mes doigts tremblent tellement que j’ai du mal à taper les bonnes lettres. Dieu qu’il fait froid.

Puis vient enfin le départ.

Les 5 premiers kilomètres : allégresse et rôdage progressif (5’28 au km, soit 11 km/h)

Le passage de la ligne de départ me déclenche une grande émotion, comme très souvent. Je suis une midinette qui s’émeut de ces moments de lancement, de cet effort collectif, je trouve ça beau, et tant pis si tu me prends pour une poupée Barbie.

Le panneau du km 1 arrive au bout d’un temps assez long, me semble-t-il, je suis encore en train de me chauffer, et comme j’ai choisi de ne pas prendre de montre, j’en suis à courir à la sensation, en espérant ne pas être parti trop vite (un peu d’essoufflement, pouf pouf).

Le panneau du km 2 arrive dans le soleil, je me dis « encore 10 fois ça ». Les jambes tournent, le souffle est calé, et le peloton commence un peu à s’étendre (traduire = c’est encore dense, mais on commence à ne plus trop zig-zaguer pour éviter les autres coureurs).

Je me laisse porter par ma musique, par mes pensées, et le temps passe, foulée après foulée.

Au bout d’un moment, je me dis « tiens, j’ai pas vu le panneau du Km 3, c’est cool, je suis en route pour le Km 4 ». À ce moment, passe le meneur d’allure « 1h50 ». Je décide de le suivre, pour essayer de faire la course en 1h50. Ça m’occupe un peu, car sur ce genre de course, on peut très vite se laisser distancer, d’abord quelques mètres, puis 10, puis 30 mètres, et après, bonne chance pour rattraper le meneur. En fait, au fil de la distance, je me laisse progressivement distancer, sans me forcer à remonter. Je n’en suis qu’au début de la course, et je garde le souvenir cuisant de marathons où j’ai trop brûlé mon énergie au début, et je l’ai payé très cher sur la fin. Donc je laisse le drapeau du meneur d’allure danser à 30 mètres devant, et tant pis pour le temps.

En fait, j’arrive ainsi directement au panneau Km 5, ce qui me fait bien plaisir : allez, un quart de fait.

Les kilomètres 5 à 10 : vous allez voir ce que vous allez voir ! (5’13 au km, soit 11,5 km/h)

Je continue et j’accélère progressivement, pour ce qui va être mon tronçon le plus rapide. Il fait beau (mais froid, l’ai-je déjà mentionné?) et la musique me coule fluidement dans les oreilles. Ma playlist historique a évolué, même si j’en garde quelques morceaux. Là, depuis quelques mois, je tourne sur les derniers disques de David Crosby, Mark Knopfler, Suzanne Vega et Paul Personne. Au kilomètre 6, c’est Paul Personne, Un peu jaloux qui m’accompagne.

Et j’arrive au ravitaillement, un peu par surprise : tout à coup, je vois une contraction du peloton, tout le monde se presse sur la droite, et je mets quelques secondes à comprendre. On n’est qu’au 6ème kilomètre, je décide de zapper l’eau et de continuer. Du coup, je repasse devant le meneur d’allure « 1h50 », l’espoir est encore possible.

On arrive à Bastille, gigantesque place quand elle est sans voitures, avec la foule des supporters, et les coureurs qui passent dans les deux sens (aller, et retour). Soleil, pavés, foule, orchestres qui jouent.

Km 7. Rue de rivoli. Un panneau du semi-marathon : « C’est pas le moment de penser au shopping », qu’est-ce qu’ils sont drôles…

Le meneur d’allure « 1h50 » me dépasse à nouveau, avec sa garde rapprochée de coureurs qui s’accrochent, je le vois s’éloigner progressivement devant moi.

Vers châtelet, on tourne à gauche, et hop, c’est le Km 9 et on tourne encore une fois : on a fait demi-tour, retour vers Vincennes, mais c’est le Km 9, donc nous ne sommes pas encore à la moitié du parcours. Il n’empêche, rien qu’à me dire que je retourne vers Vincennes, je me sens dans la deuxième moitié de la course.

Le Km 10 est un portail blanc gonflable en bord de seine, avant qu’on ne bifurque à nouveau.

Les kilomètres 10 à 15 : pensées diverses et petit coup de mou (5’48 au km, soit 10,4 km/h)

Bastille à nouveau, mais dans l’autre sens. La place est toujours aussi grande, soleil, rues de Paris avec les pompiers qui disent, comme toujours, « allez les filles ! ».

Quand je cours, j’ai des pensées qui s’écoulent de manière fluide, des idées qui viennent spontanément.

Par exemple : le hashtag # des années 2010, c’est comme le 3615 des années 80. On peut dire « hashtag j’existe » comme on disait autrefois « 3615 j’existe ».

Ou bien je me dis que pour la prochaine course, je me mettrai un slogan dans le dos « Si vous m’encouragez, je vous composerai sur le champ un mini poème ».

Je regarde aussi les dos des coureurs. Du coup, je me rends compte qu’il y a vraiment une typologie à faire sur les coureurs :

  • Il y a ceux qui courent dans une tenue de sport neutre, sans inscription. Ils sont assez nombreux.
  • Il y a ceux qui ont mis le T shirt offert pour le semi marathon, un bleu vert turquoise. Quel est le message ? « Je cours dans la tenue officielle » ? « Je n’avais pas d’autre T shirt propre » ?
  • Il y a ceux qui courent pour une cause. Ils sont assez nombreux, ce qui est une bonne chose : je ne me rappelle pas autant d’humanitaire dans les courses parisiennes d’il y a 10 ans. Les causes sont variées, et ce que j’ai vu le plus, c’était les Chrétiens d’Orient et le don de plaquettes.
  • Il y a ceux qui courent en arborant le titre de leur club de sport (AS Fécamp, Triathlon gargouillais, FBNSC Caen…)
  • Il y a ceux qui arborent le nom de leur entreprise. Pas nombreux, bien moins nombreux qu’il y a 10 ans… C’est quoi la cause ? Un manque de budget de la part des entreprises ? Un manque d’envie de la part des coureurs ? (« Je ne suis pas mon entreprise »).
  • Enfin, il y a ceux qui ont bâti leur propre message, genre « wonderwoman », « Paulo », « Rashmout family team »…)

Tout ça m’aide à passer le temps et les kilomètres qui s’égrènent dans mes cuisses.

Km 15. Je me souviens maintenant pourquoi j’ai arrêté de courir des marathons. Je sens la fatigue, j’ai envie de m’arrêter, mais bon, il reste « juste » 6 km. Que dirais-je s’il me restait « juste » 27 km à courir ?

Les kilomètres 15 à 20 : la route monte et je descends (5’55 au km, soit 10,1 km/h)

Je ne suis pas dupe : depuis Bastille, on a eu beaucoup de faux-plats. On croit que c’est plat, alors que ça monte insensiblement, traîtreusement. Puis on arrive sur du plat, on peut ré-accélérer et au bout de 100 ou 200m, cette sensation dans les cuisses : à nouveau un faux-plat…

Heureusement, dans mes écouteurs, Mark Knopfler et son « Broken bones ». Quand j’avais entendu ce morceau pour la première fois, j’avais consulté les experts de ma galaxie (Hans Moretti et Pablo Coppertone) en leur disant « Non mais là, ça flagre, c’est du JJ Cale tout craché ! Mark Knopfler a fait un hommage à feu JJ dans cette chanson ! » Les deux experts m’avaient répondu en substance « Ouais, euh, peut-être, mais non, ça flagre pas tant que ça, heu… » Et là, titillé par la curiosité, je fais une recherche, et Mark Knopfler lui-même avoue en effet un lien. Comme quoi, courir un semi-marathon, ça affine l’oreille, qui l’aurait cru ?

Km 16. Ravitaillement. Je marche en buvant mon eau. Un grand black bénévole m’interpelle « Hé Christophe, il faut courir ! ». Quelle bonne idée, d’avoir les prénoms sur le dossard : je me fais encourager et ça marche bien, je repars donc après un remerciement.

Km 17. Je suis dépassé par une queue de cheval qui court comme si c’était une promenade de santé, elle est athlétique et élastique, et court avec énormément de décontraction. La vie est injuste. Quand je démarre un semi, pendant quelques kilomètres, je suis un beau V en action, le torse évasé, la foulée ample, le museau au vent, je respire la santé et le bon grain dont j’ai été nourri. Et puis les kilomètres passent, et le V s’inverse : j’ai l’impression que mes épaules s’effondrent sur mes hanches, et mes hanches coulent dans mes chevilles, et je ne suis plus qu’un Jabbah the Hutt dégoulinant sur l’asphalte. Et tandis que nous sommes nombreux à nous liquéfier (parce que j’ai regardé, je ne suis pas le seul, ça dégouline de partout), quelques uns, rares, continuent à conquérir le bitume. Rah, ça m’énerve !

Km 18. Je suis dépassé par le meneur d’allure, alors que je croyais qu’il était déjà loin devant. Je me dis « chic, il a dû s’arrêter à tous les ravitaillements, j’ai encore une chance de taper un temps à 1h50 ! » J’essaie de le suivre pendant max 1 minute, puis je me rends compte que mon corps ne va pas suivre, alors je le laisse partir devant, en me disant qu’au maximum, il me mettra 2 mn dans la vue, donc je vais finir à 1h52, ce qui est très bien.

Km 19. Ils annoncent que c’est la dernière ligne droite. C’est là que les coureurs non aguerris commettent leur 1ère erreur : ils entendent « dernière ligne droite », et se mettent donc à accélérer, limite à sprinter. Mais les vieux crocodiles comme ton serviteur savent qu’il reste encore plus de 2km à courir, et qu’accélérer pendant 2km, c’est pas possible. Alors je maintiens l’allure en essayant de remonter mon anatomie vers une posture plus athlétique.Semi - 16km

Puis on voit une arche blanche au loin. Deuxième erreur des débutants : ils se disent que c’est l’arrivée, et sprintent (bis). Mais moi je sais que c’est l’arche des 20km, et qu’il reste encore 1km et 97 mètres derrière. Donc chi va sano ma non troppo e pericoloso.

Concentration, accélération, respiration, photographes, je vois l’arrivée, le public nous encourage en faisant un raffut du diable, et je passe la ligne d’arrivée, pour finalement un temps de 1h 58′ 04″. En fait, le meneur d’allure que j’ai vu en dernier était un autre meneur d’allure qui a dû partir avec la fin du peloton, et qui m’a rattrapé doucement pendant toute la course.

Il n’empêche, 1h 58, c’est un très bon temps compte-tenu de ma préparation. Et un bref coup d’oeil à mes archives me montre que j’avais fait 1h 56 il y a 7 ans, et 1h 54 il y a deux ans. Tout ça se maintient à peu près 🙂

Merci à mes supporters qui m’ont encouragé en faisant un don à la fondation ESCP Europe :

  • Pedro
  • Amaury
  • Nathalie
  • Lei (Lei, if you want a detailed account of my race in english, please ask me ! ),
  • Stéphanie (Stéphanie, si tu veux une traduction en Flamand, il y a Google Translate ! )
  • Trixie
  • Thérèse
  • Michèle
  • Anne-Marie
  • Françoise

Merci à tous pour vos encouragements !


Commentaire

Mon semi marathon de Paris 2016 — 12 commentaires

  1. Bravo, tu nous a manqué, mais Gilles m’a fait un point historique pour chaque monument dépassé et l’ambiance était là! Marion

  2. @Marion : « un point historique pour chaque monument dépassé » = il n’a pas arrêté de parler, donc… 😀

  3. Diantre! Ne jamais zapper l’eau au premier ravitaillement! 🙂
    Bravo. J’aurais voulu en être!

  4. @Ardavan : tu m’intéresses, avec l’idée de consommer de l’eau au premier ravitaillement… J’ai pris l’habitude de zapper le premier ravito (au bout de 5km, on n’a pas perdu beaucoup d’eau, et rien ne sert de se remplir la vessie), même sur les marathons. Et ma règle (de l’époque) était que tous les 5km, on a perdu l’équivalent d’un verre d’eau, donc pas besoin de boire toute la bouteille. Mais as-tu une autre manière de faire ?

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