Novela – la Stèle de l'Atlantide (4/4)

[Début de la nouvelle]

Des années passèrent. Le jeune homme se maria, et Dieu lui donna deux enfants, un garçon aux yeux d’obsidienne et une fille éclairée de lumière. La petite famille aimait voyager, et les parents firent découvrir à leurs enfants les richesses de différents pays des terres émergées.

Un jour, dans un musée lointain, le jeune homme cherchait ses enfants qui avaient disparu en courant dans des salles ensoleillées. Il prit un couloir et aboutit à une pièce sombre, sobrement illuminée, vide de toute présence. L’atmosphère était silencieuse et la température fraîche. Des agrandissements photographiques montraient des courants marins sur le globe terrestre, et quelques vitrines contenaient des galets. Le jeune homme pénétra dans la pièce, et découvrit une grande vitrine dans un coin retiré. Une grande pierre, plutôt un rocher, en occupait tout l’espace. Elle était couverte de ces signes atlantes que l’homme reconnaissait après tant d’années, comme une poignée de virgules frappées dans le roc non taillé. Au pied du rocher se trouvaient quelques petites pierres de silex aux arêtes vives, ainsi qu’une étiquette d’explications. L’homme lut le texte bref : « Une autre illustration de la force des courants marins dans les fosses abyssales. Ces courants, prisonniers de cheminées basaltiques souvent abruptes, tournoient avec force en entraînant de gros rochers. Ceux-ci, constamment percutés par des pierres de plus petite taille et de grande dureté, finissent par porter des marques caractéristiques ». L’homme passa derrière la vitrine. L’autre côté du rocher portait les mêmes marques irrégulièrement espacées, sculptées au hasard des reliefs de la pierre. Ému, il reconnut (ou crut reconnaître), au milieu de ce fatras de marques aléatoires, une des inscriptions que le vieil homme avait identifiée comme signifiant « la nuit ».
Il quitta la salle, retrouva ses enfants, puis il prit l’appareil-photo de sa femme et revint prendre plusieurs photographies du rocher sous tous les angles possibles. Le reste de ses vacances se passa comme en rêve, il n’était plus avec ses proches, des signes dansaient dans sa tête. Une nuit, il rêva du visage du vieil homme, et ses rides, quand il lui souriaient, prenaient la forme des caractères atlantes. Elle lui disaient « je vais bien, j’écris tous les jours ».

A son retour de vacances, il se mit au travail. Il rédigea un long document expliquant la découverte de la stèle, la croyance du vieil homme sur le fait que les deux côtés étaient sculptés de la main de l’homme, et l’impossible travail de traduction. Le but de cet article était de calculer la probabilité qu’un tel assemblage de signes frappés au hasard par des rochers puisse correspondre à la langue sculptée de l’autre côté de la stèle. Au cours de sa rédaction, l’homme se disait par moments que cette écriture des atlantes était en fait l’écriture de l’océan, celle de la nature, celle de Dieu. Malgré ses calculs rigoureux et les références aux travaux majeurs dans ce domaine, l’article fut refusé par toutes les revues académiques, tant les journaux mathématiques que les cahiers de recherche en océanologie ou les revues de probabilités. L’homme rédigea plusieurs versions de l’article, aucune d’entre elle ne trouva clémence auprès des comités scientifiques de revues. Il abandonna le sujet.

Je m’appelle Ishmaël Bustos. Je suis aujourd’hui chercheur au laboratoire de sémantique générale de San Domingo, et je suis cet homme. Si je publie cet article dans un journal de contes populaires, destiné au grand public et à la jeunesse, c’est parce qu’il a été refusé dans des journaux dits sérieux. J’en ai donc enlevé toutes les parties scientifiques, les calculs, les analyses sémiologiques et j’ai vulgarisé le texte. J’espère que le public y verra une fable, et qu’il en aura tiré quelque distraction.

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3 Responses to Novela – la Stèle de l'Atlantide (4/4)

  1. James dit :

    J’ai bien aime l’intrigue, la fin me semble un peu abrupte.
    Une suite peut etre ?

  2. Pierre F. dit :

    Le style est direct, rapide et convient bien à l’esprit d’une nouvelle.
    Le sujet est original et pose le dilemme de l’inventeur et du chercheur et évidemment il n’y a pas de solution. La conclusion est logique bien qu’avec "Atlantide" dans le titre, ce chercheur aurait pu se voir proposer des contrats commerciaux sur des publications ésotériques (sourires).
    On ne s’attache à aucun personnage car il y a peu de place pour cela. Le premier meurt, le second abandonne et est résolu.
    Il y a l’invention d’une nouvelle méthode de décryptage et cela est déjà une découverte.
    J’ai pris du plaisir à la lecture.

  3. Docthib dit :

    @ James : non, désolé, pas de suite prévue au programme. (et puis, comment faire une suite ? tout est dit… 🙂 )

    @ Pierre F. : merci pour tous ces commentaires. C’est intéressant, d’ailleurs, parce que tu commentes sans jugement de valeur (par exemple sur les personnages). L’ensemble de ce que tu dis me rassure, parce que ce sont en effet des éléments que je souhaitais faire passer. En attendant la prochaine nouvelle 😉

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