Magnolia Express – 3ème Partie – # 24

Gloire à nos courageux pilotes
 
Ma machine toujours sur les bras, j’allai voir du côté de chez Conrad et Eileen. Vieux Bill avait vaguement idée de l’endroit où il pourrait trouver un pare-brise, mais c’était dans un coin reculé du parc, et pour y accéder il fallait soulever au moins deux tonnes de ferrailles. Conrad y avait travaillé depuis quelques jours avec Vieux Bill, et il restait encore une bonne pile à déblayer. Quand je tournai au coin de l’allée, Vieux Bill était en haut d’une pile et guidait Conrad qui attrapait les ferrailles avec une petite grue.
 
Eileen était en train de venir vers moi. Elle me dit :

– Je vais acheter quelques victuailles, vous voulez venir ?

J’hésitai un moment.

– Aline est occupée. Je vais venir.

Eileen répondit Mmmm tout en marchant, elle avait sa liste de commissions en tête, et n’écoutait pas vraiment, elle était toute à ses préoccupations alimentaires. C’était bien.
Nous arrivmes au taxi, et j’eus une sorte de doute, dont je fis part à Eileen :

– Hey …
– Mmmm ?
– Il n’y a plus de pare-brise au taxi…
 
Elle s’arrêta, me regarda, elle avait l’air de me découvrir. Puis elle me sourit, et me dit qu’elle aussi l’avait remarqué, et qu’elle contrôlait la situation. Je m’installai donc sur le siège du passager, claquai la portière, levai les yeux : pas de doute, on voyait bien le capot, la route là-bas, et à moins de rouler à 10 miles à l’heure, nous allions pleurer comme des crocodiles enfumés dans une valise. Je m’abandonnai au désespoir : Eileen venait de s’asseoir, comment lui annoncer la Réalité, comment lui annoncer que ce monde cruel ne pardonnait rien à ceux qui n’avaient point de pare-brise ?

Je me lançai :

– Eileen, avant que tu démarres, il faut que je te parle …
– Bien, dit-elle, mais que cela ne t’empêche point de mettre tes lunettes.

Je me tournai vers elle : elle avait revêtu des lunettes d’aviateur, ces lunettes de verre-cuir-acier que portent tous les aviateurs de légende, et elle m’en tendait une paire. Je les revêtis : j’avais désormais un pare-brise personnel. On pouvait y aller.

– Alors ? me demande Eileen
– On peut y aller, dis-je. Le monde a eu pitié.

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Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

Le roman, dans l’ordre, est
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