Surhumain

Voici donc mon commentaire sur les 42,2 km du Marathon de Madrid. Il est tard, et j’ai déjà commenté abondamment mon Marathon de Paris d’il y a un an, et mes quelques semi-marathons. J’aurais donc un sentiment de redite, si je reprenais tout par le menu. Or, le but est de raisonner en différentiel : qu’ai-je appris ? (ou : qu’y avait-il à retenir ?)

J’ai appris que le Marathon de Madrid est un marathon très dur, à cause de son parcours très en relief. Je ne savais pas que Madrid est la plus haute ville d’Europe (750m, d’après un de mes collègues), ce qui explique de fortes différences de relief. Nommément, +/- 80 m sur le parcours. Cela peut paraître anecdotique, 80 m sur 42 200 m de distance, mais le côté spirituel de cet exercice, c’était que l’on subissait une suite de côtes et de descentes. C’est simple, si l’on cherche non pas à durer longtemps, mais au contraire, à se cramer le plus vite possible, il y a une solution idéale : enchaîner des côtes et des descentes. J’ai testé, ça marche bien, on se crame plus vite qu’il n’en faut à une bougie pour célébrer la Pâque bouddhiste.

Je me retrouve donc, en soupirant, avec le même type de graphique de vitesse qu’il y a un an. (rappel : c’est bien quand la vitesse se maintient stable, selon une droite horizontale, c’est moins bien quand la vitesse suit une courbe qui part en fléchissant comme la tête d’un canasson fourbu. Exemple ci-dessus).

En sus de ma lassitude physique s’ajoute une lassitude morale : l’impression de retomber dans la même ornière.

Ah, et puis tant qu’à faire, parlons un peu de mon accéléromètre. J’avais recalibré la bête, qui n’était pas très précise : pour le semi de Paris, il m’affichait 21 km 880, au lieu des 21 km 100 attendus. Hop, j’avais fait ma règle de trois, et recalibré le bouzin avec un coefficient de réduction. Las, à la fin de ce marathon, il m’affichait triomphalement une distance de 40 km 590, au lieu des 42,200 officiels. Comme je doute que les hispanos aient raboté presque deux bornes au supplément infligé par la reine d’angleterre (c’est une longue histoire, lisez vos classiques), j’en déduis que ce cardio-fréquencemètre m’a estampé cette fois par défaut, donc que j’ai couru trop vite. Tu m’étonnes, dès le km 23 je trottinais tel un hamster blessé.

Je pourrais continuer la liste des horreurs, je résume :

  • des ravitaillements nombreux, mais souvent erratiques. Par exemple, pas d’eau entre le km 8 et le km 15. Par 40°, ça calme les ardeurs.
  • un soleil assassin, une boule de feu qui a décidé d’exterminer tous les neurones des chauves, et de faire blondir au fer à friser les cheveux des ibères pourtant sombres.
  • des côtes qui tuent les cuisses suivies de pentes qui tuent les mollets suivies de côtes qui tuent l’amour suivies de pentes qui donnent envie de se décapsuler les deux rotules et de les mettre dans le bac à glaçons

Les points positifs (qui l’emportent finalement) :

  • une super ambiance, rythmée par les encouragements de la foule « Venga, venga ! Animo ! » J’ai découvert à cette occasion que cela booste vraiment la motivation
  • une équipe de pom-pom girls et gogo boys spécialement affrétée pour nous, qui m’ont plusieurs fois surpris, alors que je roulais de bord en bord telle une barrique ivre, à me remettre sur les rails de mon enfer par des piaulements d’enthousiasme juvénile
  • enfin, et surtout, je n’ai pas battu mon temps prévu (4h40), certes, j’ai pris 7 mn de plus, mais tout cela mérite considération : le vainqueur de Paris fait 2h05, celui de Madrid, 2h11. Ces 6 mn sont non seulement le prix du relief (+/- 80 m), mais cela va en s’amplifiant : 6 mn de différence pour 2h de course à plus de 20 km / h, se transforment probablement en 15, 20 ou 30 mn de différence pour des temps plus longs.

Je ne vais pas essayer de me leurrer avec un temps corrigé, du genre « si le parcours avait été plat, j’aurais fait claquer un chrono », mais cela me regonfle pour le prochain marathon. Berlin, 30 septembre, c’est presque demain.
J’attends toutefois que mes semelles refroidissent, et que mes blessures intimes cicatrisent. Je vais me reposer. C’est bien parti : j’ai 20h de cours en 3 jours…

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0 Responses to Surhumain

  1. Lili dit :

    Quoi Doc , vous seriez chauve ?!!!!
    mince alors, vous venez de tuer un mythe!!!

    ( Bravo pour cet exploit ! )

  2. Docthib dit :

    Meuh non, Lili, j’ai une sorte de tapis d’Astrakhan façon Saint-Maclou sur l’occiput, mais il est vrai, d’une légèreté plus mousseuse que sur les côtés de mon auguste tête. Comme ça, c’est mieux, le mythe tient toujours ? Je sais, c’est un peu tiré par les cheveux.

  3. L'inconnu du 3ème étage dit :

    Je peux poser une question qui va énerver ?

    Pourquoi ne partez vous pas sur une base de 9 km/h plutot que de démarrer rapide pour réduire l’allure après ?

    L’inconnu du 3ème (essouflé quand il monte deux étages)

  4. Docthib dit :

    Vous ne m’énervez pas, vous avez tout compris. Je ne le fais pas, parce que je n’arrive pas à me mettre dans la tête que je devrais le faire : j’ai toujours l’impression que je vais arriver à maintenir ma vitesse. Par ailleurs, partir à 9km/h, OK, mais j’ai peur *aussi* de voir baisser cette vitesse-là…
    Pas simple. Mais en résumé : vous avez raison, je devrais l’intégrer… depuis des années 🙁

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