Pensée américaine – Babylone

Je suis revenu d’Austin (Texas) avec un teint un peu plus bronzé (il a fait beau là-bas, héhé) et quelques réflexions saupoudrées.
L’Amérique est la grande Babylone du monde moderne. Tout y est clinquant, lumineux, démesuré, gargantuesque. N’oubliez pas que j’étais au Texas, probablement le plus gigantique de tous les états de l’union. Je ne vais pas me focaliser sur les tailles (tailles des lits, tailles des steaks, tailles des personnes…), mais plutôt sur la notion de sur-consommation.

  • A l’hôtel, les 6 serviettes de ma chambre étaient changées tous les jours. Je sais bien que je suis un Français, donc peu porté sur les douches et bains, mais j’ai du mal à utiliser 6 serviettes par jour… Toutes les serviettes, même les pliées, qui criaient « je n’ai pas été utilisée ! » étaient changées. Déjà, cela me gênait (bonjour les détergents…), mais ce qui me choque, c’est la petite carte hypocrite sur le marbre de la salle de bains : « Nous préservons l’environnement, aussi, si vous souhaitez avoir vos serviettes changées tous les jours, demandez-le à la réception ».
  • Les WC proclamaient fièrement « 6 litres à chaque tirage de chasse d’eau », tandis que l’Austin-American Statesman publiait des petits articles sur la semaine de l’eau, entre deux avis de recherche de criminels et trois législations sur le port d’armes à feu.
  • Un collègue m’a raconté que, plus au Nord, il y a un croisement entre l’Interstate qui va de la côte ouest à la côte est, et l’Interstate qui va du Canada au Mexique. A ce croisement se trouve un énorme centre de maintenance des camions transporteurs. Il y a régulièrement plus de 1 000 camions garés sur le parking avec leur moteur qui reste allumé pendant que les camionneurs vont se restaurer. Eh oui, il faut maintenir la climatisation en marche… J’imagine que cette zone doit envoyer des volutes de chaleur et de gaz pollués qui doivent être d’une telle importance qu’elles sont visibles depuis l’espace. Au moins, si vous voulez piquer un camion, vous savez où aller, les clés sont sur le contact…

Ma conclusion sur ce sujet, fondée sur une petite semaine de petites observations : les Etats-Unis disposent de ressources abondantes (en termes d’énergie, d’espace, d’alimentation, de production), mais les utilisent sans rationalisation, car tout est abondant. Les côtés positifs (tout est très efficace, très bien pensé) ont du mal à occulter les conséquences négatives. Notamment que, avec un peu de jugeotte, on pourrait arriver à d’énormes économies, ou une bien meilleure productivité. Reste à se faire entendre…

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0 Responses to Pensée américaine – Babylone

  1. Lili dit :

    A "petites observations " grand réalisme !
    la "jugeotte" ou la conscience éco-citoyen-du monde ( nous ne faisons qu’emprunter la Terre aux générations à venir), c’est bien là la ressource la plus rare…mais rassurons nous c’est aussi la seule qu’on peut dévelloper ,
    on ne prêche jamais en vain, ne pas se décourager !

  2. L'inconnu du 3ème étage dit :

    Dans le même genre de comportements irrationnels / cons (je suis pro-EU et je le montre), j’avais vu des ricains se faire un footing (version commandos marines traqués par des locaux belliqueux) sur un tapis électrique dans une salle de sport et prendre l’ascenseur pour aller au premier étage….

    Ce qui m’échappe c’est le fossé qui existe entre le cost cutting qui peut exister au sein de certaines boites ricaines et le cost vraiment pas du tout cutting ailleurs.

  3. Lola dit :

    Bien vu, bien dit …
    Moi, c’est surtout la surconsommation de clim qui me choque (voir "Refrigeration Blues"), les pulls que l’on doit enfiler en été pour supporter les températures sibériennes des lieux publics et la certitude des Américains qu’on ne ne peut pas survivre dans un air non climatisé. Les conséquences pour l’environnement, on s’en tamponne, naturellement …

  4. Yann dit :

    Le Time Magazine du mois, avec pour thème L’Europe, remarque d’ailleurs que la législation européenne a beaucoup fait pour aider/forcer le respect de l’environnement (avec pour exemple le bon état de santé des plages européennes)

    Ce qui m’étonne toujours, c’est la qualité de reflexion que peut avoir une certaine "élite" sur ces thèmes (relire tous les National Geographic traitant du thème), l’avancement de la recherche sur ces domaines spécifiques aux Etats Unis, l’existence d’un courant "environnementaliste"; et l’absence d’impact sur la société américaine dans sa globalité;

    Dans ce même Time; un papier de Krauthammer sur la bonne conscience à la "Al Gore" et la réalité de celle-ci. Les oscars ont en effet été "vert" puisque l’organisation a racheté des crédits de CO2 à hauteur de la consommation de celle-ci. La réalité est bien différente puisque le système peut servir de justification pour ne rien changer en espérant que d’autres le font. "Ride the mass transit" aux oscars, on y croit…

  5. Si je puis abonder dans le sens de la dernière remarque de l’inconnu du 3e étage, je nuancerais la vision américaine. La Californie est par exemple connue pour ses lois pro-environnementales, un des états (elle n’est pas seule) à légiférer plutôt que d’attendre que le marché s’adapte à la tendance du moment. Le Texas est l’une des pires représentations qui puisse exister. Et pour autant, il n’est pas forcément représentatif de ce qui se fait ailleurs. C’est bien le problème avec les USA.

  6. Dominique Blas dit :

    Les US sont minées par les lobbies de toute sorte et l’EU en prend sérieusement le chemin.
    D’où ce tas de contradictions qui vole réguièrement en éclats de temps à autre à la faveur du succès d’un lobby préalablement vaincu.
    L’inscription dans la durée n’existe pas (ou très peu) : chacun pour soi et tant pis pour les autres (au-delà de son cercle intime et delà de sa durée de vie).

    On pourrait également résumer les comportements avec :
    << faites comme je vous montre ;
    ne faites surtout pas comme je pratique au quotidien. >>

    db

  7. Docthib dit :

    @ Lili : heureusement que vous êtes là, avec votre côté positif. Yes, on y croît, les éoliennes sont nos moulins à vent don quichottesques !

    @ L’inconnu du 3ème étage : bien vu, le coup (le coût) du cost cutting, ou comment faire tout et son contraire…

    @ Lola : ah la clim, que de chairs de poule elle m’a donné. Ce qui est intéressant là-dedans, c’est le côté culturel : ils y sont habitués depuis la petite enfance (comme les glaçons à ras-bord dans les verres), résultat, ils répliquent le système. Si je ne m’abuse, une clim de voiture, c’est 1 L d’essence de plus aux 100 km. Alors un camion, ou une université…

    @ Yann : la différence entre l’opinion des chercheurs, et les connaissances de la masse, demande d’éduquer, éduquer, éduquer. Je suis étonné (positivement) de l’impact des propositions de Nicolas Hulot sur la campagne présidentielle française. Certes, c’est plutôt retombé, mais les termes « réchauffement climatique » ou « développement durable » ont pénétré plus avant dans les couches du grand public. (A ce propos, je l’ai appris aux US, les couches-culottes, c’est une plaie environnementale terrible.

    @ La grande Loulou : j’adore quand tu apportes de la mesure aux propos. Oui, les US, terre de contrastes et de diversité. Je ne savais pas que la Californie (dieu bénisse schwarzy) était pro-environnement (et pro-active). Dans un prochain voyage, peut-être…

    @ Dominique Blas : je vous renvoie tout de même au premier commentaire de Lili. Il y aura toujours des lobbies et des intérêts économiques. Mais l’avantage d’une démocratie, c’est que nos voix individuelles peuvent – si elles sont en nombre suffisant – infléchir les politiques, et même les entreprises. La notion d’environnement, et de respect de l’éco-système, deviendra probablement incontournable (si elle ne l’est pas déjà) dans la stratégie de développement des entreprises, tout simplement parce qu’une entreprise ne peut plus vivre si ses clients se détournent de ses produits.

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