Livre lu – Jean Giono : Ennemonde et autres caractères

Bien à la bourre sur pas mal de sujets + petits soucis personnels.
J’ai pas mal de livres en retard, j’en reviens donc à mon propos initial : je parlais de ces livres pour garder une trace des citations qui me plaisaient (avec le tag citation, c’est rapide après coup d’en établir la liste exhaustive).

Ennemonde et autres caractères, donc (de Jean Giono, Collection Soleil, Gallimard, 1968, 172 p.)

Une puissante étude de caractères, qui emprunte à Emile Zola et à Andrea Camilleri, en se démarquant. Zola, pour faire simple, analyse du dehors. C’est l’environnement social, ou les coups du sort, qui façonnent les individus et leurs actes. Chez Giono, c’est plus la nature (forcément sauvage, indomptée) et l’entourage (la famille, le village) qui expliquent les caractères – mais Giono a la modestie de dire qu’il essaie d’expliquer, il s’y reprend souvent plusieurs fois, avec des images, et il reste toujours une facette de mystère.
Andrea Camilleri esquisse les traits à coups de dialogues. Il en arrive à définir l’homo sicilianus avec une précision qui est tout sauf scientifique, on en sent plus l’approche pragmatique, mais ô combien savoureuse (j’en dirai plus, peut-être, en parlant de L’Opéra de Vigata).

Giono, donc. Un seul passage, parce qu’il condense, sous forme d’exemple parmi tant d’autres, la poésie de Giono.

Le ciel est transparent. L’air enivré. Le vent fait dans les sapins le bruit de la mer. L’herbe se couche, la lavande tremble. Des tuiles cliquettent comme si quelqu’un marchait sur le toit. Le vent fait sonner la profondeur des citernes. Les chemins fument, les hêtres s’agitent, les bouleaux se balancent, les peupliers scintillent, le vent court dans les herbes comme un renard. L’arche des murs sifflote. Les loquets dansent dans leurs gches. Les volets arrêtés frappent sur leurs crochets ; une porte d’étable grince. De la paille vole. Le vent roule des blocs d’étourneaux comme un torrent des blocs de serpentine. Un corbeau se noie en plein ciel et appelle. Il est déjà loin.
Jean Giono, Ennemonde et autres caractères, Collection Soleil, Gallimard, 1968, p. 104-105.

Quand cherche Serpentine dans Wikipedia, on sort de la poésie. Heureusement, les anglo-saxons ont une longueur d’avance. .

Cette entrée a été publiée dans Livres and taguée , . Placez un signet sur le permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.