Marathon Man (ou Voyage au bout de l'enfer)

Et voilà, pour la deuxième fois, je suis marathonien.

Les faits bruts

  • 4h 52′ 07″ ce qui me place
    1. moins bien qu’en 2002 (4h 40′ 54″)
    2. 27 743ème sur 35 000 (mais combien d’abandons ?). Une petite recherche me donne 30 744 arrivants. La dernière est Andrée Degoumois, en 6h 25′ 45″. Bravo Andrée, tu es la dernière des premiers. Après cette arrivée, ils ont arrêté les chronos, mais il y a probablement (sûrement) des participants qui continuaient à arriver…
    3. 8ème sur 10 ESCP / ESCP-EAP répertoriés pour l’instant

  • J’ai vécu ce que je vais appeler Le syndrôme classique, étant donné que tous ceux à qui j’ai parlé ou dont j’ai entendu parler (Laurent, Damien, Christian, Sébastien, Jean-Philippe) l’ont eu aussi : départ bien motivé, vigilant mais optimiste, passage du semi-marathon (donc, la moitié de la distance, à 21,1 km) en se disant « bon, jusque là, ça va » et après, effondrement. Suivant les interlocuteurs, l’effondrement n’a pas lieu au même kilomètre, pour ma part, en précurseur, cela a été dès le 26ème kilomètre. Et après cela, l’enfer. Et pour paraphraser Anna Gavalda dans une des nouvelles de Je voudrais bien que quelqu’un m’attende quelque part, « tu l’as sûrement lu rapidement, donc je te le réécris pour que tu t’en rendes bien compte : j’ai vécu l’enfer pendant 16 km« .

Remerciements

Je souhaite remercier

  • mes jambes, pour avoir accepté cette connerie pendant presque 5h (sans compter l’after : la remontée de l’avenue Foch, le métro avec escalator en panne, la voiture…)
  • les amis qui sont venus nous encourager : Marie-Cécile au km 20 qui m’a accueilli avec « Tu peux le faire, Christophe ! » et a couru à mes côtés ; Laurent au km 29, après quelques méchants tunnels ; et Angelika, qui a eu la patience d’attendre à l’Etoile plus d’une heure, entre l’arrivée de Laurent et la mienne.
  • les anonymes qui nous ont encouragés sur tout le parcours. Des enfants à qui on tape dans la main, de jolies femmes, des jeunes papas, des pépères casquettes, des beurs survêt, tout ce Paris qui a certes des défauts, mais aussi des qualités dans les fêtes populaires. Je salue la nonyme (quel est l’antonyme d’anonyme ?) Madame Raymonde, dite Ray (photo ici), la patronne de La boutique du Marathon, 100 marathons à son actif, et qui était présente au km 40 à nous encourager.
  • les bénévoles de l’organisation qui distribuaient les bouteilles et aliments, la Croix-Rouge et ses tentes et ses blessés, les pompiers de Paris qui sont toujours encourageants, tout au long du parcours, les orchestres (Satisfaction m’a trotté dans la tête pendant quelques kilomètres)

Déroulé (rapide) et analyse de la course

  • Départ et premiers kilomètres : bonne ambiance, nous sommes tous avec nos bobs jaunes, et c’est impressionnant de voir cette étendue de foule qui couvre les Champs-Elysées jusqu’à la Concorde (et au-delà, bien sûr, les premiers doivent déjà être rue de Rivoli…). J’hésite alors entre me fixer 5’30 » au kilomètre (objectif 4h00) ou la jouer plus raisonnable : 6’00 » au kilomètre (objectif 4h20), en attendant de voir comment je serai au semi. Comme je suis stupide et optimiste (synonyme ?), je me cale à 5’30 ». A côté de moi, un gars dit « Quand même, c’est beau ». Il a raison, il fait beau, et de la rue de Rivoli, on voit la colonne de la Bastille au loin, si loin, si proche.
  • Ravitaillements : tous les 5 km, je prends de l’eau à chaque fois, et en trottinant, je vide la bouteille consciencieusement, puis retour à la vitesse de croisière, coup d’oeil au cardio-fréquencemètre, moyenne à 5’40 » au kilomètre, mes jambes savent ce qu’elles font.
  • Entrée dans le bois de Vincennes au km 10 (déjà 1h de course), on dépasse un fauteuil roulant Handisport, qu’on applaudit.
  • Km 20 : Marie-Cécile surgit comme un lapin blanc hors du chapeau du bitume, et court à mes côtés. Rhhaaa, remotivé je suis.
  • Passage du semi (21,1 km) en 2h07′, là je me dis « tiens, je pourrai peut-être faire 4h20 ? » Hahaha, j’en ris encore.
  • Arrivée à Bastille (un peu avant km 25), je me souviens que je ne voyais pas grand chose, au même endroit, il y a 4 ans. Je me re-dis « Je suis plus frais qu’il y a 4 ans, vas-y jojo, attaque… »
  • A partir des quais de Seine (km 25-26), ça part en déconfiture. J’ai beau me houspiller, les jambes ne suivent plus, et marchent au ralenti. Le graphique ci-après illustre ce qui va être ma souffrance sur les 16 km suivants : alors qu’en 2002, j’étais parti plus lentement, puis j’avais accéléré, cette fois-ci, cela n’a été qu’une lente descente vers l’enfer.
  • Je convoque mon Loup, vers le km 26, il m’aide pendant un petit kilomètre, je me sens carnassier et sauvage, je le sens galoper à mes côtés, grogner avec moi, aspirer l’air glacé, et puis il s’en va, ou s’enfonce à nouveau au plus profond de mon être
  • Une pensée à la volée, vers le km 27 : si l’énergie pouvait être dérivée de la souffrance, un Marathon de Paris suffirait à éclairer Paris pendant un an. Mais n’importe quelle journée d’une Maternité ferait le même boulot, après tout, nous autres, les hommes, nous sommes ben douillets…
  • Rencontre avec Laurent, km 29, après quelques tunnels éprouvants. Petit papotage pendant que je fais des étirements, et puis re-départ. Nouveaux tunnels. ambiance sombre et confinée : vers la fin d’un tunnel, j’avais l’impression de ne respirer que le gaz carbonique des concurrents. Arrivée à l’air libre – et montée – perçue comme un soulagement.
  • Aux ravitaillements de 30, 35 et 40 km, je marche, je mange de la banane, je bois ma bouteille. Chaque kilomètre arrive de plus en plus lentement, les crampes menacent, je les sens tapies au fond des muscles, prêtes à bondir. Je masse les endroits où les crampes palpitent, courbé en deux, tout en continuant à trottiner comme un hérisson blessé. Grosse souffrance.
  • Km 39, je prends ma dernière dose de glucose, celle estampillée « Coup de fouet« . cela ne suffit pas : même si je m’étais juré de ne pas marcher en dehors des ravitaillements, je craque : à 39,500 je me mets à marcher, en attendant le ravito de km 40. Arrivé là, je bois, je me tape une banane entière, et puis je me remets à courir, c’est tout un effort, il faut marcher un peu vite, balancer les épaules, oser soulever le premier pied pour faire une foulée, ressentir le choc, serrer les dents, continuer, et on se retrouve à carapater… comme un ragondin agonisant.
  • La fin n’est pas descriptible. Gros effort pour maîtriser mon visage et mes sentiments. L’avenue Foch, où j’avais bien accéléré il y a 4 ans, pour finir en beauté, me semble une montée morne et gristre. Pas la force ou l’envie de sourire aux photographes officiels.
  • Et voilà, ça c’est fait.
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0 Responses to Marathon Man (ou Voyage au bout de l'enfer)

  1. nerik dit :

    Bravo doc ! Le marathon ca c fait…. Allez dans 2 ans je fais le semi ! Et dans 4 j’arrête !

  2. laurent dit :

    felicitations! blog tres interessant et au final une perf tres impressionnante! et je sais de quoi je parle, car c’est ici un non sportif (qui le revendique) qui écrit!
    BRAVO DOCTEUR !

  3. Yann dit :

    Bravo, belle perf et beau billet! Il n’y a plus qu’à s’y mettre c’est tentant.

  4. pierre-antoine dit :

    Félicitations à nouveau!
    Et pour ta course (si,si…) et pour ta prose (j’ai bien rigolé 😉

    On se refait un footing avec Lolo quand tu veux (demain? nan, je déconneuh…!)

    Bises and C U soon!
    PA

  5. @ Nerik : chiche pour le semi. Je ne suis pas sûr de refaire un marathon, mais le semi, ça a l’air d’être ma distance. Et dans 4 ans, pfff, c’est loin…

    @ Laurent : merci beaucoup, m’enfin, j’aurais préféré battre mon temps précédent. Allez, ce sera pour 2007 (ah merde, je me contredis avec la ligne du dessus 😉 )

    @ Yann : non, faut pas s’y mettre, c’est un truc de fous furieux. Mais j’avoue que l’ambiance, depuis quelques jours, était de Grande Tenue.

    @ P-A : merci aussi. Pas trop partant pour un footing avant… dimanche ? Et là, je serai à Mimizan avec Lolo, entre nous, c’est torride, on courra dans le sable comme les deux flics de Miami Vice (et le très bon pastiche des Nuls).

  6. Yann dit :

    A noter d’ailleurs que des photos des participants (par nom ou dossard) sont visibles sur le site http://www.maindruphoto.com

  7. Quelle rapidité, Yann ! Il y a une des photos où on sent toute la détresse du pingouin abandonné dans le Sahara : elle a été prise à 100 m de l’arrivée, et – comment dire – je n’étais pas au mieux 😉
    Merci pour l’info !
    Chr.

  8. Merlin dit :

    reçu 5/5 ! Marathon de Barcelone : avec un copain, nous sommes fiers de nous jusqu’au 25ème kilomètre… On double (de plus en plus rarement) certains coureurs dont une dame au physique…pas vraiment sportif…
    "Elle a du mérite"
    "ouais,c’est vrai, elle doit souffrir…"
    1 km plus loin, on commence à décliner, la même coureuse nous double sans un regard…
    "bon, on se remobilise, et on repasse devant…"
    on a joué à ce jeu quelques fois avant de s’effondrer et de finir dans un état lamentable… On a recroisé la petite dame à l’arrivée, pour lui adresser un coup de chapeau (fatigué) !

  9. Docthib dit :

    Bien joué Merlin ! J’adore cette proximité qu’on arrive à créer avec des inconnus, et plus généralement, toutes ces ambiances de courses. Prochain RV pour moi : Marathon de Madrid, avril (partie du projet Hermès, à développer).

  10. sophie dit :

    paris mérite d’être appélé la ville des lumières voici l’article sur … oups, commentaire modéré

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