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A propos

Ce blog est le pendant flou et libre de thibierge.net. L'auteur vit essentiellement dans le monde cyber et nocturne. Il surgit parfois dans le monde réel pour donner des cours et boire des expressos. Il passe aussi une partie de son temps à collecter les batanas et ubuntus. Ah oui, il met aussi progressivement en ligne un roman.

samedi 28 août 2010

Blackout

Hier soir, panne d'électricité.
Après les réflexes de geek ("c'est bon, j'ai encore 1h30 d'autonomie sur le Mac, et 5h sur le mobile"), vient l'optimisme forcé ("ça va être rétabli fissa !") puis lentement, l'inquiétude sourde ("c'est quand même une nuit d'orage, et je suis dans un bourg isolé.").
La nuit tombe ("Tiens, aucune lumière dans les maisons au loin..."), et j'envisage alors de passer la soirée sans lumière. Il fait désormais très sombre, et comme tout individu stupidement hyper-moderne, j'utilise la clarté de l'écran de mon mobile pour chercher des bougies.
Une allumette, un bougeoir, fiat lux.
Et soudain, mon monde se met à changer. C'est fou ce que ça éclaire, une bougie. Elle laisse dans l'ombre les choses peu importantes, elle se concentre sur le cercle immédiat, on est loin de la furie éclairante d'une ampoule qui veut à tout prix tout montrer. Quand l'électricité revient finalement, je reste avec un sentiment de regret.

Il faut souvent que je m'éloigne de toi
Que je sois privé
Pour que je puisse voir à nouveau
Combien tu m'éclaires.

vendredi 27 août 2010

Caillou - Fin d'été


Route de campagne déserte
Le soir tombe, ainsi que quelques gouttes.
Dans un jardin invisible
"1 2 3 soleil".

Caillou - Fin d'été


Route de campagne déserte
Le soir tombe avec quelques gouttes
Dans un jardin invisible
"1 2 3 soleil".

Les 5 S de septembre


Fin des vacances, période de bonnes résolutions. En n'oubliant pas la saillie d'Oscar Wilde : "les bonnes résolutions sont des chèques tirés sur une banque dans laquelle on n'a pas de compte ouvert".
Bonne résolution de rentrée : faire le ménage.
Tout a commencé par l'électronique, et une discussion avec un collègue sur Mohamed Yunus, subtilement relayée par ma connaissance des 5 S chez Toyota.

L'électronique

Je suis un geek, on ne se refait pas. J'achète donc des gadgets (iPod, camescope, transmetteur FM pour l'iPod, appareil photo numérique...) qui me semblent essentiels. Le problème est multiple, comme les prises du même nom :
  • chaque gadget qui arrive n'arrive jamais seul : il apporte régulièrement un mode d'emploi, un CD, des cables, un chargeur...
  • tout cela prend de la place, et nécessite de l'ordre ("où est le cable de tel appareil photo numérique ?)
  • chaque départ en vacances (ou en week-end) nécessite une check-list digne de la NASA : chargeur de téléphone, appareil-photo (+ chargeur), cables, MacBook(+ chargeur)...
Mohamed Yunus

J'ai commandé un de ses livres, mais en attendant, je sais que l'homme prône la décroissance économique, ou en tout cas, l'utilisation raisonnable des ressources économiques, notamment par le truchement d'une consommation responsable.

Les 5 S de Toyota

Toyota a mis en place une méthode d'organisation de l'espace de travail fondée sur 5 mots japonais commençant tous par S. Un des mots recouvre l'utilisation des objets, avec la logique suivante :
  • Si l'objet sert moins d'une fois par an, le faire recycler ou le jeter
  • Si l'objet sert moins d'une fois par mois, l'archiver proprement
  • Si l'objet sert moins d'une fois par semaine, le mettre sur une étagère dans le bureau
  • Si l'objet sert moins d'une fois par jour, le poser sur l'espace de travail : plus il sert souvent, plus il doit être proche
  • Si l'objet sert très souvent, le placer à portée de main, voire le fixer sur l'opérateur
Cristallisation

Gestion du stock existant : appliquer drastiquement le principe ci-dessus des 5 S.
Gestion du flux : "pour tout objet qui rentre, un objet doit sortir (définitivement)". À appliquer en priorité à l'électronique / informatique.
Champ d'application : mon bureau chez moi ; mon bureau au boulot ; ma bibliothèque de 1 200 livres chez moi ; ma bibliothèque de 300 livres au bureau ; ma CD thèque / ma bibliothèque de mp3 ; mes outils de (excusez-moi, je rigole, hahaha) bricolage.
Principes d'application : utiliser au maximum les possibilités de recyclage, afin de jeter le minimum. Donner aux étudiants, aux amis, à l'école / au collège, au commissariat, amener à la déchetterie, faire recycler.

"Si tu veux débarrasser un hippie de ses poux, commence par le raser" (Pinaud, dans un livre de San-Antonio, probablement J'ai bien l'honneur de vous buter).

vendredi 20 août 2010

Insomnia

De retour des Etats-Unis (côte Ouest, de surcroît), je n'ai jamais autant souffert du décalage horaire que cette semaine. Vertiges, nausées, horloge biologique complètement décalée et qui ne s'ajuste pas, malgré mes petits trucs (exposition à la lumière avec ma lampe de luminothérapie dès le petit matin - et le petit matin, c'est 6h15 actuellement). Je repense au film Insomnia, où Al Pacino est dans le même type de décalage et d'épuisement, avec tout ce qui va avec le manque de sommeil : perte de repères, maux de tête, tension dans le corps, irritabilité, yeux qui clignotent. Déjà que j'avais le sentiment de vivre cela physiquement quand je regardais le film, mais là, c'est carrément IRL.
Que voulez-vous, c'est l'âge, ma bonne dame.
Si quelqu'un a une recette miracle ("boire un jus de citron pur en se pinçant le nez"), je suis preneur...

mercredi 18 août 2010

Livre lu - Digital Fortress, de Dan Brown et pensée romanesque

Je viens de lire "Digital fortress", de Dan Brown : le hasard d'une location de vacances m'a mis ce livre dans les mains, et le début était tellement prometteur que je l'ai acheté. Sirènes du marketing, ou comment soigner ses premiers chapitres : après, ça devient moins bien.
La pensée du jour, pour tous les romanciers en herbe : n'essayez pas d'avoir l'air modernes, le monde bouge trop vite. Imaginez que vous preniez un roman écrit il y a 12 ans (c'est le cas de Digital fortress), et que vous y lisiez un passage sur les ordinateurs personnels. Vous y découvririez des perles du genre
"Il décida d'envoyer un e-mail. C'était une technologie révolutionnaire, qui allait bientôt supplanter la télécopie. À peine avait-il cliqué send que son interlocuteur, comme par magie, recevait le message"
(j'invente ce passage, mais cela donne la tonalité)
Ou encore, dans un livre de Maurice G. Dantec, La sirène rouge, je crois, il y a avait un passage du type :
"C'était un ordinateur portable dernier cri, avec processeur 486 et 2 mégas de RAM"
(encore une fois j'invente).
En résumé : si vous voulez que votre roman dure, ne mentionnez pas les dernières perles de la technologie de votre temps : elles seront pratiquement obsolètes au jour de la publication, et probablement périmées quand vous commencerez à percer. Faites plutôt comme Dantec (à nouveau, cette fois dans Les racines du mal) : inventez des ordinateurs qui n'existent pas encore. Vous serez au mieux un visionnaire, au pire, un fictionnaire.
Et finalement, rappelons une évidence : ce qui fait la durée d'un roman dans son lectorat, c'est son caractère intemporel. Il y a donc deux types de romans : les produits de grande consommation, les romans de l'année, destinés à être des consommables, et les romans de référence, ceux qui sont destinés à rester, bref, les investissements.
Les premiers se fondent sur une nouveauté éphémère, l'actualité, un mouvement de mode. Les seconds se focalisent sur les êtres humains et leurs relations.

lundi 19 juillet 2010

Faustbook

L'analogie entre le mythe de Faust et les services gratuits / les réseaux sociaux sur Internet. Dans les siècles passés, plus d'un homme s'est laissé tenter à vendre son âme, en échange d'un avantage forcément limité dans le temps : un supplément de vie.
Ce qui motive ces hommes dans ce choix a priori inégal (une vingtaine d'années gagnées face à une éternité perdue), ce sont deux choses :
  • la prééminence du présent dans nos décisions. Je veux tout, tout de suite.
  • la mauvaise évaluation du coût final. « Perdre son âme, ouais, on verra plus tard Â». Cette mauvaise évaluation est renforcée par le fait qu'il s'agit d'un bien immatériel, pour lequel il est donc difficile d'estimer un coût, une valeur.
L'analogie me semble évidente avec Facebook, ou d'autres services prétendument gratuits (gmail, MSN...). En échange d'une satisfaction immédiate (avoir un compte, accéder à un service), on abandonne des informations qui vont pouvoir servir sur nous (contre nous) pendant des dizaines d'années. Je liste les quelques informations qui sont régulièrement demandées:
  • Nom, prénom
  • identifiant (pseudo)
  • mot de passe
  • adresse e-mail
  • date de naissance
  • adresse postale
  • numéro de téléphone
Qu'on ne s'y trompe pas : il suffit de quelques informations (par exemple nom prénom adresse e-mail) pour croiser ces données avec d'autres bases de données et retrouver une adresse ou une date de naissance. Et plus les années passent (j'ai 15 ans de présence sur Internet derrière moi), plus il devient impossible de disparaître, même en pratiquant l'uncrosslisting. D'autant plus qu'après un temps d'errance, on se fixe dans la vie : on garde le même numéro de portable, on se fixe à une adresse postale. Comme le dit George Clooney à Catherine Zeta-Jones dans Intolérable cruauté : "You're exposed. Just like a sitting duck."
Quand j'étais étudiant en prépa, dans les annales d'examen, il y avait des dessins de Mathieu, illustrateur phare de L'Etudiant. Sur un de ces dessins, Clothaire Legnîdu disait « J'intègre une école de commerce. J'ai vendu mon âme au diable ! Â» Et un camarade de lui répondre « Combien ? Â»
Non seulement nous vendons notre âme un peu plus à chaque fois que nous nous inscrivons en ligne, mais en plus, nous la vendons très peu cher.

En résumé : contre l'utilisation d'un service temporaire – en attendant que Twitter soit remplacé par une nouvelle coqueluche – nous donnons la possibilité d'utiliser nos données personnelles ad vitam aerternam. Comme le disait Sénèque il y a quelque temps, "Les hommes jouent avec le bien le plus précieux d'entre tous ; mais ils ne s'en rendent pas compte parce qu'il s'agit d'un bien immatériel, parce qu'ils ne l'ont pas sous les yeux et de ce fait, il est estimé à un prix très bas, je dirais même à un prix pratiquement nul." (Sénèque, De la brièveté de la vie, Ch. VIII, Par. 1.)

Miracle de la sérendipité : après avoir rédigé ce thibillet, je tombe sur la nouvelle suivante dans le Herald Tribune du jour : Bynamite, une startup américaine, propose aux internautes une extension de navigateur web qui permet (1) de voir ce que les sites de e-commerce savent déjà sur vous ; (2) de modifier ces informations, je cite, "pour permettre un meilleur ciblage des offres commerciales". Ainsi, l'internaute indique ses intérêts. La prochaine étape serait de troquer ses informations en échange de réductions commerciales. Je te dis qui je suis, et en échange de mes données, tu me vends moins cher tes produits. À suivre ?...

mercredi 7 juillet 2010

Novela - la Stèle de l'Atlantide (4/4)



[Début de la nouvelle]


Des années passèrent. Le jeune homme se maria, et Dieu lui donna deux enfants, un garçon aux yeux d'obsidienne et une fille éclairée de lumière. La petite famille aimait voyager, et les parents firent découvrir à leurs enfants les richesses de différents pays des terres émergées.

Un jour, dans un musée lointain, le jeune homme cherchait ses enfants qui avaient disparu en courant dans des salles ensoleillées. Il prit un couloir et aboutit à une pièce sombre, sobrement illuminée, vide de toute présence. L'atmosphère était silencieuse et la température fraîche. Des agrandissements photographiques montraient des courants marins sur le globe terrestre, et quelques vitrines contenaient des galets. Le jeune homme pénétra dans la pièce, et découvrit une grande vitrine dans un coin retiré. Une grande pierre, plutôt un rocher, en occupait tout l'espace. Elle était couverte de ces signes atlantes que l'homme reconnaissait après tant d'années, comme une poignée de virgules frappées dans le roc non taillé. Au pied du rocher se trouvaient quelques petites pierres de silex aux arêtes vives, ainsi qu'une étiquette d'explications. L'homme lut le texte bref : « Une autre illustration de la force des courants marins dans les fosses abyssales. Ces courants, prisonniers de cheminées basaltiques souvent abruptes, tournoient avec force en entraînant de gros rochers. Ceux-ci, constamment percutés par des pierres de plus petite taille et de grande dureté, finissent par porter des marques caractéristiques Â». L'homme passa derrière la vitrine. L'autre côté du rocher portait les mêmes marques irrégulièrement espacées, sculptées au hasard des reliefs de la pierre. Ému, il reconnut (ou crut reconnaître), au milieu de ce fatras de marques aléatoires, une des inscriptions que le vieil homme avait identifiée comme signifiant « la nuit Â».
Il quitta la salle, retrouva ses enfants, puis il prit l'appareil-photo de sa femme et revint prendre plusieurs photographies du rocher sous tous les angles possibles. Le reste de ses vacances se passa comme en rêve, il n'était plus avec ses proches, des signes dansaient dans sa tête. Une nuit, il rêva du visage du vieil homme, et ses rides, quand il lui souriaient, prenaient la forme des caractères atlantes. Elle lui disaient « je vais bien, j'écris tous les jours Â».

À son retour de vacances, il se mit au travail. Il rédigea un long document expliquant la découverte de la stèle, la croyance du vieil homme sur le fait que les deux côtés étaient sculptés de la main de l'homme, et l'impossible travail de traduction. Le but de cet article était de calculer la probabilité qu'un tel assemblage de signes frappés au hasard par des rochers puisse correspondre à la langue sculptée de l'autre côté de la stèle. Au cours de sa rédaction, l'homme se disait par moments que cette écriture des atlantes était en fait l'écriture de l'océan, celle de la nature, celle de Dieu. Malgré ses calculs rigoureux et les références aux travaux majeurs dans ce domaine, l'article fut refusé par toutes les revues académiques, tant les journaux mathématiques que les cahiers de recherche en océanologie ou les revues de probabilités. L'homme rédigea plusieurs versions de l'article, aucune d'entre elle ne trouva clémence auprès des comités scientifiques de revues. Il abandonna le sujet.

Je m'appelle Ishmaël Bustos. Je suis aujourd'hui chercheur au laboratoire de sémantique générale de San Domingo, et je suis cet homme. Si je publie cet article dans un journal de contes populaires, destiné au grand public et à la jeunesse, c'est parce qu'il a été refusé dans des journaux dits sérieux. J'en ai donc enlevé toutes les parties scientifiques, les calculs, les analyses sémiologiques et j'ai vulgarisé le texte. J'espère que le public y verra une fable, et qu'il en aura tiré quelque distraction.







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mardi 6 juillet 2010

Novela - la Stèle de l'Atlantide (3/4)



[Début de la nouvelle]


Il manquait toutefois à la machine un sens des mots, et les deux humains validaient ou invalidaient manuellement les propositions faites. Ce n'était pas si facile, car la langue des Atlantes semblait être très poétique, par contraste avec la sécheresse descriptive de l'araméen. Par exemple, pour parler d'un roi qui avait gagné en sagesse, les araméens disaient prosaïquement « le roi Gatta a gagné en sagesse pendant 10 années Â», alors que la langue atlante parlait ainsi : « le rocher Gatta, brut, fut taillé (coupé) pendant 10 cycles (périodes), et la statue finale était belle et juste Â». Cela veut dire qu'à l'automatisme combinatoire et informatique, il fallait souvent substituer la sensibilité de langage d'un poète. Dans cette circonstance, il devenait difficile d'invalider certaines phrases. Quand les araméens disaient de manière désespérément plate que « la récolte de blé de cette année a été excellente Â», l'ordinateur décryptait les signes atlantes de cette manière : « les naissances (croissances) de la nature en cette période donnèrent du blé qui réjouissait les esprits et les animaux Â». Il y avait des phrases parfaitement valides, car correspondant précisément au discours araméen, d'autres phrases correctes mais teintées de poésie, d'autres encore très imagées, et puis il y avait des phrases qui ne semblaient pas avoir de sens.
Le retraité proposa une symétrie aux 7 cercles de l'enfer. Il suggéra que, suivant la précision des phrases, on les classe dans 7 cercles du paradis, plus ou moins parfaits. Les phrases clairement surréalistes, sans aucun sens (comme « Les chats agriculteurs creusaient le cerveau des tables Â») appartenaient au 7ème cercle du paradis, tandis que les phrases les plus sensées étaient dans le premier cercle. Parfois, après de longues minutes de discussion, les deux acolytes décidaient de sanctifier une phrase, en la faisant progresser d'un cercle de paradis à un cercle meilleur. Ils damnaient rarement une phrase, en la faisant déchoir d'un cercle élevé à un cercle plus fruste. C'était toujours un déchirement, mais ils s'amusaient beaucoup de leurs discussions sur la religion du langage.

Et puis le vieil homme mourut subitement, un matin, tandis qu'il faisait son marché. Le vieillard n'avait plus de famille, et les autorités appelèrent le jeune chercheur, dont les coordonnées étaient clairement mentionnées dans le portefeuille du défunt. Le médecin légiste lui annonça que la mort avait été soudaine, le retraité étant déjà mort avant que son corps ne touche le sol. Les dispositions testamentaires étaient claires : le jeune homme héritait de toutes les possessions du vieillard. Il ne s'agissait pas d'une grande fortune, mais elle permit au jeune chercheur de terminer sa thèse dans de bonnes conditions. Les recherches cryptographiques sur la stèle lui avaient donné matière à plusieurs articles de combinatoire appliquée, et sa thèse fut reçue avec tous les honneurs académiques. Le jeune homme conserva les photographies de la stèle, et tous les écrits. Il ne réussit pas à progresser beaucoup plus en terme de traduction : les deux tiers des caractères étaient décryptés, mais peu de phrases appartenaient aux trois premiers cercles du paradis. Rien de tout cela ne permettait d'envisager une publication sérieuse. De plus, peut-être par incurie des conservateurs, ou tout simplement parce que le temps résout tout en poussière, la stèle originale restait introuvable.


[à suivre...]




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vendredi 2 juillet 2010

Novela - la Stèle de l'Atlantide (2/4)



[Début de la nouvelle]


Le texte araméen racontait une dynastie sur une île perdue au milieu des mers. Les noms des souverains étaient inconnus pour le retraité, de même que plusieurs mots qui étaient visiblement des transcriptions phonétiques du langage atlante. La stèle racontait des guerres, des périodes d'abondance, et la litanie des souverains qui avaient gouverné cet îlot.
Quand le vieil homme fut satisfait de sa traduction araméenne, il s'attaqua au verso de la stèle, à l'écriture inconnue. Sa fraîcheur intellectuelle (toute relative, car il avait 77 ans) lui permit d'envisager tous les possibles : un signe pouvait représenter un mot, une syllabe, une lettre, ou encore un son ou une idée. Il envisagea même que cette écriture put se lire de droite à gauche, de haut en bas ou même, de bas en haut. Il est vrai que l'absence de ponctuation – autant en araméen qu'en atlante – ne permettait pas facilement de délimiter les phrases. L'homme savait que l'on commence généralement par retrouver les noms des souverains, rochers inamovibles dans le texte, puis que l'on navigue de manière concentrique autour de ces points de repère, à la recherche de courants favorables. Mais dès le début, cette stratégie de décryptage montra ses limites : les noms des rois n'étaient jamais écrits deux fois identiquement dans le texte en araméen. Certains souverains portaient alternativement plusieurs appellations (le fils de la lumière, l'élu des dieux, l'astre humain...) qui prêtaient à confusion. Refusant à recourir aux lumières d'un expert, le retraité s'échina pendant des mois sans réel progrès. Il était arrivé à isoler des bouts de phrases, pour lesquelles il avait une correspondance correcte avec le texte écrit au verso de la stèle, mais la plus grande partie du texte restait cryptée. Finalement, quand il constata que deux mois supplémentaires s'étaient écoulés sans qu'il aie découvert le sens d'un seul nouveau mot, il décida de requérir de l'aide. Mais l'homme était fier de sa découverte. Il écrivit donc à plusieurs journaux académiques dont il avait découvert l'existence à la bibliothèque de l'Institut des sciences, en indiquant quelques résultats, tout en masquant l'essentiel de son travail. Ses lettres restèrent sans réponse. Il s'adressa alors au conservateur du musée, qui le renvoya dans des dédales administratifs, des labyrinthes d'adresses de chaires de sémiologie, des hypothétiques chercheurs, des instituts fantômes.
Entre temps, la stèle avait quitté sa vitrine au cours d'une réorganisation des collections, et personne ne savait – ou ne voulait – dire où elle se trouvait désormais.
 
Le vieillard se proposa une dernière démarche qui, contre toute probabilité, se révéla décisive. Il fit publier une annonce d'énigme, avec récompense « Ã  celui qui réussirait à traduire cette écriture secrète Â». Cette offre, faite dans un journal populaire à fort tirage, n'aurait dû attirer que les aventuriers, les chômeurs et les excentriques. Mais au milieu des répondants statistiquement conformes à ce genre de demande se trouvait un doctorant en cryptographie. Celui-ci voyait là une occasion de tester ses algorithmes de décryptage, et de gagner facilement un peu d'argent. On peut imaginer la rencontre entre le vieil homme autodidacte, encore poussiéreux des rouleaux de papyrus vieux de plusieurs dizaines de siècles, et le jeune doctorant qui n'éteignait jamais son ordinateur ultraportable.
Ce bizarre assemblage permit à nouveau une grande ouverture d'esprit. Pour le jeune, ce n'était qu'un jeu, assorti d'un gain financier qui lui permettrait de financer 6 mois de sa thèse. Pour le vieil homme, revenu de toute illusion, c'était une occasion de poursuivre en solitaire, ou presque, sa quête. Il plaisantait en disant qu'il faisait ainsi une transfusion de cerveau neuf.  

L'informatique apporta une mise à distance, et en même temps un souci des détails. Par exemple, les deux investigateurs décidèrent de scanner l'ensemble des photographies. Cette mise à distance numérique, qui leur fit quitter le support physique de la stèle, posa le problème de la précision du scanner : fallait-il récupérer tous les signes gravés sur la pierre, même les plus infimes, ou se contenter de ceux qui étaient suffisamment larges et profonds pour indiquer une intervention humaine ? En d'autres termes, à quel niveau devait-on mettre le filtre, entre les éclats superficiels dûs aux chocs, et la gravure de véritables signes ? L'entreprise s'avéra plus ardue que prévu : de nombreux signes semblaient superficiels, et auraient pu autant avoir été causés par des chocs sous-marins ou terrestres, que sculptés par la main d'un scribe un peu négligent. Le jeune doctorant raisonna donc sur plusieurs ensembles de caractères, qu'il appela les 7 cercles de l'enfer : le premier cercle contenait les caractères indubitablement sculptés, et uniquement ceux-là ; le deuxième cercle contenait un peu plus de signes, parmi les plus marqués ; et ainsi de suite jusqu'au 7ème cercle, qui contenait toutes les marques visibles sur la pierre, sans exception.

Tout cela semblait rigoureux, méthodologique, et portait la garantie de résultats futurs. La complexité même des 7 ensembles de caractères ne posait pas de problème à un ordinateur qui peut réaliser plusieurs millions d'opérations à chaque seconde. Mais le ver était dans le fruit, et ce ver était l'être humain. La traduction depuis l'araméen avait été prise depuis le début comme référence absolue. C'était ignorer les possibles erreurs du retraité – qui n'était après tout qu'un autodidacte en cette matière – mais pire encore, c'était faire une impasse sur toutes les subtilités de traduction d'un discours. L'aube peut signifier en même temps l'arrivée du soleil, ou un vêtement blanc ; certains mots peuvent être pris au propre ou au figuré. Le jeune informaticien devait donc développer des algorithmes sémantiques qui tiennent compte du flou possible autour d'un mot ou d'une phrase. En résumé, ce n'était plus seulement une histoire de comptage de caractères et de probabilités, il fallait que l'ordinateur puisse s'accommoder de variations de sens.
C'est là où le retraité, qui n'avait aucune connaissance de l'informatique, introduisit une avancée majeure: il proposa d'introduire une part aléatoire dans les programmes informatiques. Il s'agissait de changer quelques caractères, au hasard dans le texte, avant de lancer la traduction automatique. Par exemple, si la séquence de caractères à traduire était A B C D E, le programme pouvait proposer en fait A B C X E, ou bien G B CD E. C'était, selon le vieillard, une manière de compenser aléatoirement les hasards de sa propre traduction, ou les double-sens. Cela peut paraître paradoxal de rajouter du flou à un système déjà peu fiable, mais les résultats furent très encourageants. Alors que le retraité avait traduit, péniblement, un tiers du texte total, le programme arriva à une bonne moitié de caractères traduits.


[à suivre...]




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jeudi 1 juillet 2010

Novela - la Stèle de l'Atlantide (1/4)



La Stèle de l'Atlantide

Je m'appelle Ishmaël Bustos. Je veux vous raconter une histoire fantastique, un conte moderne.
Tout le monde connaît Champollion, parce qu'il a découvert la Pierre de Rosette qui lui a permis de traduire les hiéroglyphes égyptiens. Mais la renommée, maîtresse inconstante, n'a pas traité de la même manière tous les découvreurs de langues anciennes. Dans le grand public, si l'on connaît le nom de Champollion, quasiment personne ne se souvient de Henry Rawlinson, qui a traduit l'écriture cunéiforme, ou de Wladimir Sovniechine, qui a percé à jour les runes hyperboréennes. Peut-être tout simplement qu'il a manqué une pierre à ces découvreurs.
Je veux justement parler d'une pierre qui portait une écriture.

Il était une fois un bateau qui pêchait dans les eaux profondes de l'océan atlantique. C'était un énorme vaisseau, une usine de ramassage qui happait des poissons à des grandes profondeurs et les charriait sur un pont huileux, où des hommes caparaçonnés de sel maniaient la pelle pour enfourner les tonnes déversées dans des cales où avaient lieu le vidage, le dépeçage, l'emballage.

Ce monstre des flots s'attaquait parfois à d'autres monstres. Le harpon de l'avant allait parfois frapper de plein fouet un cétacé, puis le ramenait aux côtés du navire pour l'absorber et le digérer dans ses entrailles. C'est ainsi qu'un jour, un cachalot de belle taille fut capturé. Lors du dépeçage, une grosseur anormale fut détectée dans l'estomac. L'animal accoucha d'une grande pierre rectangulaire, comme une stèle. Une des faces était recouverte de lignes en araméen ; l'autre face présentait des caractères inconnus.
Les marins avaient un travail qui ne souffrait d'aucun délai. La pierre fut mise de côté, en attendant. À l'heure du changement de quart, le capitaine venait souvent fumer une pipe en l'observant, il s'accroupissait pour toucher les caractères inconnus, tout en courbes et virgules, comme une écriture arabe syncopée.
L'infirmier du bord (en fait, un médecin déchu de son titre) récupéra la pierre lorsque le bateau revint au port, plusieurs mois plus tard. La pierre commença alors son voyage. Elle resta chez le médecin pendant ses expéditions, et à chaque fois qu'il revenait à terre, il la montrait comme une curiosité. Un antiquaire de ses amis voulut l'acheter. Il refusa, et la donna au musée océanographique de Las Palmas, qui n'en demandait pas tant. La pierre fut exposée dans la galerie sur l'alimentation des mammifères marins, puis passa dans une vitrine sur la chasse à la baleine, avant de se retrouver près des objets inuits sculptés dans l'ivoire.

Ce fut là qu'un retraité la découvrit : ces signes lui rappelaient, non pas une écriture qu'il aurait déjà vue, mais un écrit qui décrivait une écriture. Pour occuper son temps de retraité, l'homme s'était mis à apprendre le grec ancien, et il lisait couramment les auteurs dans le texte, au rang desquels se trouvait évidemment Platon. Et cet auteur, dans son Timée, décrivait l'écriture des mythiques Atlantes comme « brassée de signes écrits sur un sable fuyant, limaces entrelacées dans la pierre Â». Le retraité avait du temps, et il n'aimait pas la concurrence. ll recopia quelques lignes de chaque face (la vitrine était à double exposition) et entreprit d'apprendre l'araméen. Au fil des semaines, il revint au musée et prit discrètement plusieurs photographies des deux faces de la stèle.

L'apprentissage de l'araméen lui demanda peu d'efforts : dans les langues indo-européennes, le grec ancien n'est qu'un emprunt à d'autres langues plus anciennes, elles mêmes étant des bâtardes de leurs langues ancêtres, jusqu'à l'écriture originelle, adamique, celle de la Pangée. Le retraité retrouva des assonances, des racines étymologiques, et commença à traduire les lignes qu'il avait en sa possession.

[à suivre...]




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Diététique de la psyché

J'ai l'impression que le travail sur soi (psychanalyse, psychothérapie, ...), c'est comme les régimes :
  • D'abord, il n'y a pas de recette universelle, chaque personne réagira plus ou moins bien à un régime donné (= une thérapie / école de pensée donnée)
  • Certains ne font pas de régime, alors qu'ils devraient en faire (= travailler sur leur personnalité) ;
  • d'autres en font, mais pas les bons (= psychanalyse alors qu'il leur faudrait une thérapie du cri primal par ex.) ;
  • d'autres en font, découvrent peu à peu le bon, mais c'est quand même un travail d'une vie, ou pas loin ;
  • d'autres enfin, les happy few, n'ont pas besoin de faire de régime. Et là encore, il y a encore plusieurs catégories :
    • ceux qui s'alimentent naturellement et ne grossissent pas (= ils savent naturellement comment faire, sans suivre une méthode)
    • ceux qui peuvent manger de tout sans prendre de poids, parce que leur physiologie « brûle » les calories (= résilience devant les événements, "ils savent gérer")
    • ceux qui se foutent d'être gros (= peu/pas de dépendance à l'opinion des autres)
Le parallèle est vraiment intéressant, parce que très riche.
Et pédagogique :-)

jeudi 24 juin 2010

On refait le match...

À propos du dernier match des Bleus, et de toute la presse avant et après ce match, quelques impressions personnelles :
  • Amour-Haine. Les supporters devant le match (majoritairement des étudiants français) étaient venus, donc étaient intéressés, mais très vite, l'ambiance a tourné à la revanche : le premier but de l'Afrique du Sud a été applaudi, et encore plus pour le 2ème, il y avait un côté punition collective, brûle ce que tu as adoré, etc.
  • Le stéréotype sur le Français. Le Français est réputé pour être arrogant et donneur de leçons. On pourrait croire que ce genre de match, et tout ce qui l'a précédé, permettrait de donner une bonne humilité à tous. En fait, on a rarement entendu autant de donneurs de leçons qu'actuellement. Ce déchaînement sur cette équipe et ses responsables a déclenché beaucoup de critiques, mais peu d'autocritique. Le mot "humilité" n'est jamais sorti, je crois. Or, pour paraphraser le héros dans V pour Vendetta "les dirigeants sont lamentables, mais qui les a élus ?" C'est peut-être un trait français, finalement : beaucoup de critiques, peu d'autocritique.
  • Comme d'habitude, on en appelle à une réflexion et des nouvelles réglementations. Mais c'est comme pour les marchés financiers : croire qu'une loi va changer les choses, sans intégrer l'esprit humain et ses motivations, c'est nier la nature même d'un peuple à forte composante méditerranéenne comme le Français. Et c'est jeter de la poudre aux yeux tout en manifestant la volonté de ne rien changer.
  • Par ailleurs, il y a (parmi tant d'autres) une question de fond : le football est-il un divertissement, un business ou une vitrine nationale ? J'ai l'impression qu'il y a confusion entre intérêts personnels et représentation nationale. Demande-t-on à chaque chanteur, chaque acteur, de représenter la France ? Y a-t-il un devoir de réserve à partir du moment où l'on est la cible des caméras ? Les exemples de discrétion ne manquent pourtant pas : qui saurait citer le nom du président du tribunal de l'affaire Kerviel ? Pourtant, ce magistrat fait son métier ces jours-ci devant un parterre bien fourni de journalistes...
  • Cette affaire de football, c'est comme Gala. Du consommable en terme d'indignation, de rêve, de discussions chez le coiffeur, et on passera vite à autre chose, comme le mariage d'une princesse ou les mésaventures alcooliques d'un pipol. Ce qui me gêne, comme dans Gala, c'est cette capacité de jalousie à se déclencher devant les vies des autres. On a l'impression qu'il y a dans beaucoup de Français des personnalités ambivalentes : protecteur égoïste de ses propres intérêts, et critique collectif des intérêts des autres. Je ne crois pas qu'on peut se construire par la négation, en ayant des comportements réactifs par rapport aux actes des autres.

samedi 19 juin 2010

Un message d'espoir pour les Bleus

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mercredi 16 juin 2010

Ubuntu - Columbage

Columbage : n.m. Reconnaître un acteur / une acteuse d'une série TV, des années après, dans une autre série TV ou dans un film. "Tiens, c'est Ross de Friends".
Par extension : Plaisir que l'on a quand on reconnaît la voix qui double un acteur. "Tu vois, le gars, là, il a la voix de l'âne de Shrek". "Tiens, ça c'est la voix de John Wayne (quand il est doublé)"


J'ai eu un columbage ce soir. J'ai vu la fille de "Lois et Clark", et je me suis dit, "mais bon sang, c'est Alyssa Milano !" (Madame est servie, avec Tony qui faisait la bonne). Et j'ai été super content qu'Alyssa Milano / Samantha (mais Tony l'appelait Sam) soit devenue Lois Lane, c'est un beau parcours.
Bon, en fait, Lois Lane est jouée par Teri Hatcher, au temps pour moi, il faut que je consulte. Je ne sais donc pas ce qu'il est advenu récemment d'Alyssa Milano, et ça me travaille...